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« Ada », d’Antoine Bello, chez Gallimard, pour talentueusement faire résonner le gong de la rentrée littéraire…

« Ada », d’Antoine Bello, chez Gallimard, pour talentueusement faire résonner le gong de la rentrée littéraire…

« Ada », d’Antoine Bello, chez Gallimard, pour talentueusement faire résonner le gong de la rentrée littéraire…

Etes-vous néoluddite ? C’est-à-dire, votre philosophie personnelle est-elle opposée au progrès technologique ? Alors bienvenue au club : des hommes qui ont passé leur vie à promouvoir la technologie, comme Bill Gates, le serial entrepreneur Elon Musk, ou Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple, ou encore le scientifique Stephen Hawking, se mobilisent, à notre grand étonnement, contre les dangers de l’intelligence artificielle. Des spécialistes pas très optimistes, qui nous mettent en garde et suggèrent de « modérer » les recherches sur l’« IA », qui menaceraient l’espèce humaine.

Cette fameuse « IA » remise en cause par ses prestigieux pionniers, voilà de quoi inspirer un romancier. Et Antoine Bello, avec Ada, s’est bien gardé de ne pas rater une si belle fenêtre de tir ! L’auteur vous y dévoile son goût des « vertiges logiques » et des « perspectives dépravées »…

Son héros, Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d’une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu pour écrire des romans à l’eau de rose. Mais Ada ne veut pas se contenter de cette ambition mercantile : elle parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le prix Pulitzer. Imaginez le « personnage » : Frank lui prodigue une leçon d’écriture. Il lui reproche son goût pour les descriptions trop directes et crues : « Henry ne « vrillerait pas sa langue dans la bouche de Margareth », il lui caresserait timidement la joue. » A quoi Ada, curieuse, rétorque : « Pas de sodomie ? de cunnilingus ? de gang bang ? – Grands dieux, rien de tout ça ! » s’exclame Frank, scandalisé.
En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing Corp., Frank mène l’enquête.

Ce qu’il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l’ébranle, au point qu’il se demande s’il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…

Difficile, pour le profane, de situer dans ce roman la frontière entre le réel et ce qui relève de la pure fiction ! Car le contexte d’Ada ne manquera pas de vous évoquer quelques anecdotes d’actualité : notamment ce fameux projet transhumaniste sponsorisé par Google, et qui ambitionne (entre autres) de télécharger la conscience humaine dans une machine modélisant le cerveau, et de transformer des cobayes volontaires en cyborgs quasiment immortels. Alors, faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle, et est-on bien certain de savoir ce qu’on met derrière ce concept ?

Car ce ne sont pas seulement les emplois qui disparaîtraient, mais l’Homme lui-même, considéré logiquement par nos créations en silicium comme une erreur de la nature à corriger ou une menace à supprimer.

Tout ceci n’a pas échappé à Antoine Bello, dont le présent roman recreuse subtilement le filon romanesque du mythe de Frankenstein, créé par Mary Shelley en 1818, (voir Frankenstein – Booquin 17/08/2016), lui-même inspiré d’une allégorie encore plus ancienne : celle du fameux Prométhée des légendes grecques… Avec Ada, il la réactualise de façon captivante et vous ouvre des perspectives vertigineuses sur l’intelligence artificielle et l’avènement désormais inévitable, semblerait-il, du règne des machines.

Antoine BelloAuteur de L’éloge de la pièce manquante et de la trilogie des Falsificateurs, Antoine Bello est irrésistiblement attiré par cet univers d’espaces truqués. Il nous en fait la magistrale description avec Ada, et vous offre, sur le mode « Columbo dans la Silicon valley », l’histoire de cet inspecteur hors normes confronté à un « client » qui ne fait pas vraiment partie de son registre habituel… La chasse est ouverte, mais qui chasse qui ?

 

Imaginez Ada : Frank lui prodigue une leçon d’écriture. Il lui reproche son goût pour les descriptions trop directes et crues : « Henry ne « vrillerait pas sa langue dans la bouche de Margareth », il lui caresserait timidement la joue. » A quoi Ada, curieuse, rétorque : « Pas de sodomie ? de cunnilingus ? de gang bang ? »

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.