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Albert Cohen/ Luz, deux frères humains

Albert Cohen/ Luz, deux frères humains

Albert Cohen/ Luz. De prime abord, voilà deux noms dont l’association pourrait surprendre. D’un côté Albert Cohen, cet auteur majeur et singulier du 20e siècle qui, on ne va pas se le cacher, est quand même l’auteur, entre autres, de l’inclassable et inégalable Belle du Seigneur, cette histoire d’amour absolu et sublime qui donnerait envie même à un banc en pierre de tomber amoureux, quand même. De l’autre, Luz, dessinateur nécessairement associé à l’histoire de Charlie Hebdo, aussi bien par son statut de miraculé ayant échappé aux attentats meurtriers du 7 janvier 2015 en arrivant en retard au journal, que par les nombreux dessins incisifs et portraits satiriques qu’il signe depuis une vingtaine d’années, notamment la désormais célèbre « une » post-attentats de Charlie Hebdo sur laquelle figurait une caricature de Mahomet, la larme à l’œil.

Une adaptation très libre du récit autobiographique écrit et publié par A. Cohen en 1972.

Et pourtant, ces deux noms vont très bien ensemble au vu du dernier album de Luz, Ô vous, frères humains, roman graphique paru ces jours derniers aux éditions Futuropolis, une adaptation très libre du récit autobiographique écrit et publié par A. Cohen en 1972. Dans ce livre, Cohen raconte comment, en 1905, il est victime d’une violente agression verbale et antisémite dans les rues de Marseille – « un enfant juif rencontre la haine le jour de ses dix ans. J’ai été cet enfant ».  Comme il l’explique, Luz a lu ce livre à l’âge de seize ans « sans prendre toute la mesure de sa portée » et l’a relu vingt-sept ans plus tard, prenant alors conscience des enjeux personnels qu’il contient : « non seulement je me retrouve dans le monologue d’Albert Cohen, mais il existe également de nombreux points communs entre nos deux expériences. »

Alors oui, Albert Cohen et Luz, c’est une association surprenante quand on y pense comme ça, et en effet, c’est une belle surprise d’humanisme et de lucidité. Les mots terribles et poignants de Cohen quand il se souvient du jeune Albert au moment où la haine a giflé l’innocence de l’enfance deviennent chez Luz des dessins sombres où le trait, sans jamais trahir le verbe de l’auteur à l’origine de l’œuvre, est aussi tranchant et puissant que doux et lumineux, rappelant alors à tout un chacun qu’être effrayé et choqué par la haine de l’autre, c’est en même temps faire triompher la tolérance et l’amour : même tus et discrets, ils sont là, existants et plus forts que leurs contraires. Le vieil Albert Cohen narrateur, le jeune Albert qui rencontre la haine le jour de ses dix ans, le Luz d’une quarantaine d’années au crayon et au cœur marqués par la folie terroriste, le jeune Luz soumis lui aussi à la haine de l’autre, quelle qu’elle soit… il y a de tout ça dans ce livre.

Alors on ne va pas vous faire de dessins, il les fait beaucoup mieux que nous, le précité Luz, mais lisez et regardez ce livre. Il nous rappelle, entre autres, que ne pas s’aimer tous les uns les autres c’est une chose, mais essayer de ne pas se haïr, c’en est une autre… Des frères humains, c’est peut-être ça.

 

Ce livre nous rappelle, entre autres, que ne pas s’aimer tous les uns les autres c’est une chose, mais essayer de ne pas se haïr, c’en est une autre…

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