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Annie Ernaux, cette précieuse voix du réel

Annie Ernaux, cette précieuse voix du réel

Un nouveau livre d’Annie Ernaux en librairie, c’est quelque chose tout de même ; quand ça arrive, on a d’un seul coup des envies de solitude pour se plonger dans les pages de l’une des auteures contemporaines qui donne au mot intimité un sens si particulier, entre complicité et gêne, à cet endroit précis et obscur où l’intime naît.

Mémoire de fille s’inscrit dans le projet littéraire d’Annie Ernaux, celui d’accéder à « la valeur collective du « je » autobiographique »

Paru chez Gallimard début avril, Mémoire de fille s’inscrit dans le projet littéraire d’Annie Ernaux, celui d’accéder à « la valeur collective du « je » autobiographique » : parler de soi pour tendre à l’autre un miroir où il se reconnaisse, puiser à sa propre vie (enfance, relations au père et à la mère, au milieu social, passions amoureuses,…) pour élaborer de livre en livre « une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur », comme elle l’écrivait en 2003 dans L’Ecriture comme un couteau.

Ici, c’est de la jeune fille qu’elle était dont il est question, cette jeune fille de dix-huit ans à peine qui s’appelait alors Annie Duchesne et qui, à la colonie de S. dans l’Orne, va perdre sa virginité. « J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment,  c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle ». Près de soixante ans après cet épisode traumatisant, l’auteur se souvient et se replonge alors dans son passé, dans les moments qui ont précédé et suivi cette première nuit avec un homme.

Mémoire de fille, c’est un retour en arrière douloureux et nécessaire, une analyse précise et violente de cette « fille de 58 », celle qui n’est pas « je » mais « elle »,  une mémoire vive et indélébile, « la grande mémoire de la honte, plus minutieuse, plus intraitable que n’importe quelle autre. Cette mémoire qui est en somme le don spécial de la honte ».

Annie Ernaux est décidément une plume à part qui a su donner, à travers toute son œuvre autobiographique, une force singulière et précieuse, entre l’intime et l’universel, où le « je » lu interroge inlassablement celui qui le lit.

C’est un livre intense et précieux que nous livre ici Annie Ernaux, des pages abruptes où le mot s’attache au fait, douloureux et bouleversant, et à ses conséquences, tues, refoulées et honteuses. L’exact, le réel, la brutalité du souvenir, la puissance littéraire de l’auteur des Années est ici remarquable, évoquant ce traumatisme fondateur entre douleur du passé et distance du présent, un va-et-vient implacable qui interroge ce lien essentiel entre le « je » d’aujourd’hui et celui qu’il était hier – ou preuve, s’il en fallait encore une, qu’Annie Ernaux est décidément une plume à part qui a su donner, à travers toute son œuvre autobiographique, une force singulière et précieuse, entre l’intime et l’universel, où le « je » lu interroge inlassablement celui qui le lit.

Il faut lire ce livre !

 

C’est un livre intense et précieux que nous livre ici Annie Ernaux, des pages abruptes où le mot s’attache au fait, douloureux et bouleversant, et à ses conséquences, tues, refoulées et honteuses.

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