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« Avenue des mystères », le dernier Irving

« Avenue des mystères », le dernier Irving

« Avenue des mystères », le dernier Irving (Éditions du Seuil). L’affolante aventure d’un jeune Mexicain, qui survit, avec sa sœur, dans une décharge mexicaine livrée aux chiens et aux orphelins.

À force de s’entretenir, John Irving ne vieillit pas. Les traits sont plus marqués, sans doute, et la chevelure a blanchi. Mais l’écriture n’a jamais varié. Depuis Liberté pour les ours (1968), Irving n’a cessé de raconter des histoires de parents absents et d’enfants qui souffrent d’une blessure ou d’une perte.

Dans Avenue des mystères, John Irving se met dans la peau de Juan Diego Guerrero, un écrivain américain célèbre et vieillissant, qui, lors d’un voyage aux Philippines, revit en rêves récurrents les épisodes de son adolescence au Mexique, à la lisière de la décharge publique de Oaxaca où lui et sa sœur Lupe ont grandi.

Quand, en aficionado fidèle, on a lu la majeure partie de l’œuvre de John Irving depuis la traduction en français du Monde selon Garp, est-il possible d’être étonné par le dernier roman du septuagénaire américain ? Le qualificatif le plus approprié serait celui d’admiratif, non que Avenue des mystères tutoie la perfection, mais à cause de l’énergie déployée, de la densité du livre, sans oublier la persistance des thèmes que l’écrivain s’ingénie à traiter dans un texte qui ne ressemble à rien d’autre qu’à du Irving tout en nous piégeant par des trésors d’imagination et un récit totalement débridé et décomplexé.

Sexe, religion et mort : c’est cette trilogie familière qui tient le haut du pavé chez Irving.

A en étouffer presque, si ce n’est que l’auteur réussit à habiller chaque scène qui pourrait paraître répétitive d’oripeaux nouveaux. Cela mérite des applaudissements. Même sentiment devant la maîtrise d’une narration qui se poursuit sur deux échelles temporelles : le présent, avec un voyage aux Philippines d’un écrivain d’âge mûr ; le passé, avec le même, alors adolescent dans une décharge publique au Mexique, puis dans un orphelinat et dans un cirque.

Impossible de synthétiser un roman aussi foisonnant où, entre une fillette extralucide, un hippie américain, un couple composé d’un apostat et d’un travesti, une mère et une fille nymphomanes, deux statues de Vierges ennemies (l’une blanche, l’autre noire), quelques lions et une multitude de chiens plus ou moins errants, la galerie de personnages marquants est impossible à énumérer.

Bref, Avenue des mystères est un maelström incantatoire qui passe aisément du registre loufoque et délirant au dramatique, sans oublier une touche de fantastique. Le résultat est aussi détonant que le mélange de bêtabloquants et de viagra que le héros du livre, Juan Diego, ingurgite sans grand discernement.

Dans Avenue des Mystères, les thèmes chers à Irving se mêlent avec bonheur : la famille, l’éducation, la médecine, le cirque, les accidents (qui ne vous prennent pas par surprise car l’inéluctable vous attend au tournant).

Sur 500 pages, Irving maintient le rythme sans faiblir. Le lecteur, lui, a parfois besoin de souffler sans que la possibilité ne lui en soit donnée. Mais à quoi bon faire la fine bouche, le caractère cinématographique de l’écriture, avec ses images « bigger than Life », le sens du suspense et le torrent de péripéties emportent tout sur leur passage.

Irving reste Irving et le temps va paraître long avant la parution de son prochain roman.

Irving

Dans Avenue des mystères L’écrivain s’ingénie à traiter ses thèmes favoris dans une composition qui ne ressemble à rien d’autre qu’à du Irving tout en nous piégeant par des trésors d’imagination et un récit totalement débridé et décomplexé.

 

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.