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« Babylone » de Yasmina Reza : Une farce grinçante au relent d’exil et de solitude

« Babylone » de Yasmina Reza : Une farce grinçante au relent d’exil et de solitude

« Babylone » de Yasmina Reza, chez Flammarion

Une farce grinçante au relent d’exil et de solitude, sélection Goncourt et Renaudot 2016 !

Babylone domine la rentrée littéraire française. Avec son dernier roman, Yasmina Reza vous entraîne dans un polar la fois drôle et profond sur fond d’existences ordinaires, les nôtres ?

« Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie… Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable. Aucune ombre furtive ne passe avec sa faux. »

Un meurtre commis quelque part en banlieue, après une fête printanière. Crime passionnel ? Non. Après enquête, le vrai mobile de Reza, au travers de son œuvre théâtrale et littéraire de renommée planétaire, c’est la défense l’existence humaine livrée aux attaques de l’insignifiance, aux blessures de la solitude, à l’usure du temps.

La force de Yasmina Reza ? Le rire, un rire de barrage, au sens où l’on parle de « tir de barrage », ce rire impétueux qui fait exploser toute forme de mélancolie, d’angoisse…

Babylone, c’est une enquête au sein de l’enquête. Une investigation tendre et risquée, au charme puissant, troublant : pourquoi cette confidence ambiguë « Je ne pourrais pas dire que j’ai su être heureuse dans la vie », cet aveu tellement indiscret, « On se connaît par cœur. Je lui reproche son amour trop inconditionnel. Il ne me met pas en danger »).

A la fois burlesque et tendre, drôle et pitoyable, Babylone ne manquera pas de vous ensorceler ! Yasmina Reza avait écrit en 1989 Conversations après un enterrement. Babylone, dans cette même veine, aurait pu s’intituler Conversations avant un enterrement : le côté léger et primesautier y côtoie le macabre d’une scène de meurtre.

Avec brio et tendresse, l’auteure scrute l’étrange excentricités des choses. Ce mouvement de la vie, du quotidien où l’on peut à la fois être une fashion victim et, soudain, étrangler son conjoint.

Et puis, cet air de vaudeville bien romanesque vous entraîne dans sa mécanique implacable dès les premières pages, pose le décor : une cage d’escalier avec un ascenseur. On y croise Jean-Lino Manoscrivi, ancien employé dans l’électroménager, d’origine juif italien ; Lydie, sa compagne, rouquine farfelue fan de rituels New Age et protectrice des animaux, et puis les voisins du dessous, Pierre et Elisabeth Jauze. Elisabeth, biologiste sexagénaire, est la narratrice de Babylone.

Dans l’immeuble de Deuil-l’Alouette, les portes s’ouvrent et se referment. On sent les regards derrière l’œilleton. Cadavre, quiproquo, camouflage, désertion et apparition, des scènes se nouent. Pour finir par converger : Jean-Lino Manoscrivi et Elisabeth Jauze, au milieu de la nuit, sortent d’un ascenseur une valise rouge, d’où pointent de curieuses bosses… Humm… Suspect !

babylone « L’histoire s’écrivait par-dessus nos têtes », songe Elisabeth. Car tous, dans Babylone, sont comme des coquillages échoués sur une plage. Encore en vie, s’agitant dans leurs pitoyables existences. Chacun pourtant est seul : « Je suis restée un moment, quand tout le monde avait quitté les lieux. Le parking était vide. C’était une belle nuit étoilée à Deuil-l’Alouette. »

Au-delà du divertissement, Yasmina Reza réveille en nous, avec Babylone, une histoire d’errance humaine, d’exil de nous-mêmes.

 

Avec son dernier roman, Yasmina Reza vous entraîne dans un polar la fois drôle et profond sur fond d’existences ordinaires, les nôtres ?

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.