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« Le Canard Enchaîné, 100 ans : un siècle d’artistes et de dessins », au Seuil

« Le Canard Enchaîné, 100 ans : un siècle d’artistes et de dessins », au Seuil

Le Canard Enchaîné fait sa première apparition en pleine Guerre mondiale. Une époque de propagande et de bourrage de crâne s’il en fut : tout le monde prétend détenir la vérité vraie, comme on dit, mais en mentant effrontément. Comment, dans ce cas pour la population, trier le bon grain de l’ivraie ? Et bien le Canard Enchaîné a trouvé la recette pour accommoder tout cela, une recette qui fait toujours mouche un siècle plus tard : faire rire avec son art de l’antiphrase, de la satire et de la dérision. Ses fondateurs : un journaliste, Maurice Maréchal, et un dessinateur, Henri-Paul Gassier.

Le succès n’est néanmoins pas immédiat. Après cinq premiers numéros parus à l’automne 1915, le Volatile doit interrompre son vol, faute d’avoir trouvé suffisamment de lecteurs. Mais le 5 juillet 1916, nouveau départ, nouvel envol, définitif celui-là, dans l’esprit libertaire et insoumis qui est le sien depuis un siècle désormais.

Et, fait qui mérite d’être souligné particulièrement de nos jours, où le consumérisme est devenu la « mamelle de la France », Le Canard Enchaîné est et demeure le seul journal français, à ce jour, à n’accepter aucune publicité et à ne vivre que de ses lecteurs.

Fort de son succès grandissant au fil des décennies, il s’est donné les moyens de sa liberté, pour déjouer toutes les tentatives de récupération ou d’intimidation. En un siècle, le Volatile n’a épargné personne. Autorités politiques, militaires, religieuses, diplomatiques, académiques, tout le monde en prend pour son grade.

Cent ans, et seulement quatre directeurs (Maurice Maréchal, René Tréno, Roger Fressoz, Michel Gaillard) ! Gage de stabilité et d’un solide esprit d’équipe, Le Canard Enchaîné a traversé des crises, connu des départs plus ou moins fracassants, des clivages politiques, mais a su garder ses ennemis de toujours qui sont partie intégrante de sa ligne éditoriale : l’esprit de sérieux, les académismes, les magouilles et les affaires, les turpitudes et les hypocrisies, les lâchetés et les forfanteries.

Il y eut aussi la dénonciation à la fois ferme et sarcastique des totalitarismes, des fascismes, des guerres. Il y eut l’interruption de publication, la seule en un siècle, de juin 1940 à septembre 1944, sous l’Occupation. Il y eut des périodes de censure (pendant les deux conflits mondiaux, ou les « événements »), des tentatives d’écoute (les fameux micros !) et d’enfumage. Il y eut des procès.

Il y eut, aussi, la disparition tragique de collaborateurs comme Cabu, si présent, si inspiré, un jour de janvier 2015.

Les politiciens le craignent, mais ne ratent pas un numéro. « Que dit le Volatile cette semaine ? », demandait le général de Gaulle, l’une des nombreuses têtes de turc du Canard enchaîné. Avant lui, il y eut Barrès, Millerand, Lebrun, Daladier. Après lui, Pompidou, Giscard, Mitterrand (un peu moins), Chirac (beaucoup), Sarkozy (encore plus). Quant à Hollande, c’est  » Pépère  » : tout un programme….

L’histoire du Canard Enchaîné se déroule à travers un large choix de plus de 2000 articles et dessins, organisés chronologiquement et thématiquement, présentés par de brèves notices pour les restituer dans leur contexte. C’est évidemment la politique française qui donne la scansion de cette histoire et son découpage en périodes. Mais il y a plein d’autres choses. Le colonialisme, le fascisme, la cause des femmes, les affaires politico-financières, les guerres, les media, les mondiaux de foot, etc. Patrick Rambaud, compagnon de route et proche ami du journal, retrace avec le « Roman du Canard » (une centaine de pages du livre) une histoire haute en couleurs, faite de personnages saillants et souvent truculents, dans des époques restituées avec force détails révélateurs. 100 ans de Palmipède et quelques chiffres Le Canard Enchaîné, c’est près d’un demi-million d’exemplaires vendus chaque semaine, et un public, régulier ou irrégulier, très attaché à ce titre, ressenti comme une particularité française et une protection contre la bêtise et contre l’arrogance des puissants.

Laurent Martin

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Laurent Martin, professeur d’histoire à l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, spécialiste d’histoire culturelle contemporaine, est l’auteur du livre Le Canard enchaîné, histoire d’un journal satirique (Nouveau Monde, 2005)

Bernard Comment

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Bernard Comment, romancier et essayiste, dirige la collection « Fiction & Cie » aux Editions du Seuil.

 

Patrick Rambaud 190-a-prambaud-lexpress

©L’Express

Patrick Rambaud, journaliste et écrivain, est notamment l’auteur de La Bataille (Grasset, 1997, prix Goncourt et Grand Prix du roman de l’Académie française), des Chroniques du règne de Nicolas Ier (série de six romans, Grasset, de 2008 à 2012) et de François le Petit, Chronique d’un règne (Grasset, 2016).

 

Le Canard Enchaîné est et demeure le seul journal français, à ce jour, à n’accepter aucune publicité et à ne vivre que de ses lecteurs.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.