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« Cannibales » de Régis Jauffret : Une histoire de liaisons dangereuses à dévorer avec délectation…

« Cannibales » de Régis Jauffret : Une histoire de liaisons dangereuses à dévorer avec délectation…

« Cannibales » de Régis Jauffret, au Seuil

Une histoire de liaisons dangereuses à dévorer avec délectation… sélection Goncourt 2016.

Jeanne et Noémie partagent le même homme : Geoffrey, architecte, la cinquantaine bien tassée. Jeanne est sa mère, et Noémie, artiste de vingt-quatre ans, son ex : elle vient de le quitter. La jeune femme écrit une lettre à la mère de l’amoureux éconduit : elle s’y excuse d’avoir rompu. Une correspondance s’amorce alors et s’affermit entre les deux femmes, qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de se débarrasser de cet individu, soudain devenu encombrant. Elles imaginent même de le dévorer cuit à la broche au cours d’un infernal banquet ! contrairement aux apparences, Cannibales est un roman plutôt sentimental Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a appelé son fils du nom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, et qui est mort accidentellement avant leur mariage. Noémie, elle, est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal. Au fil des lettres que, de son côté, il échange avec les deux protagonistes, Geoffrey exprime toute la passion qu’il éprouve encore et toujours pour Noémie. Un roman d’amour épistolaire, dans la plus belle tradition du genre : seules les courriers échangés entre les deux femmes (et quelques rares lettres du fils et amant), permettent de reconstituer ce qui s’est joué, ce qui a été envisagé et vécu. Une correspondance à la fois mensongère et révélatrice.

Aujourd’hui, le roman épistolaire se fait majoritairement sous forme de mails ou de SMS. Régis Jauffret, lui, fait écrire à Jeanne, Noémie et Geoffrey de vraies missives comme on n’en fait pratiquement plus, rédigées à la main, confiées aux bons soins des postiers, et qui prennent leur temps avant d’être remises à leur destinataire. Dans un monde contemporain où l’immédiateté est la norme, la réintroduction de la durée confère aux intentions et réactions des personnages une profondeur de calcul, de préméditation, au sens littéral du terme.

On va manger le monstre désormais haï, on va commencer par le trucider, puis on va le découper, le faire rôtir et l’accommoder. La cuisine, ici, loin des grandes toques, est affaire de femmes.

Vous tenez là la clé essentielle de Cannibales. La spéculation, le raisonnement au fil de la lenteur de l’écriture.

Si le sort de leur proie est scellé, celui de Jeanne et de Noémie demeure plus flou. Elles évoluent sur le fil de leur folie assumée, tissant la mort et l’amour dans des entrelacs et des renversements qui donnent à voir les circonvolutions de leurs esprits enflammés. Entre pourparlers devant notaire, une nouvelle romance amoureuse, l’expérimentation plus ou moins hasardeuse des opiacées, une épidémie de type médiéval et un bad trip, les deux femmes semblent contourner leur propre fin. Mais leurs missives, adressées au néant, ne restent pas lettre morte…

Régis Jauffret Né en 1955, Régis Jauffret est l’auteur de nombreux romans, dont Clémence Picot, Univers, univers (Verticales), Asiles de fous, Microfictions, Lacrimosa (Gallimard), et Bravo (Seuil).

 

« Je vous prie à l’avenir de m’écrire sous la douche. Quand l’eau chaude les aura désagrégées, vous prierez la bonde d’avaler vos écritures avec votre crasse. »

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.