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« Civilisation – Comment nous sommes devenus américains » de Régis Debray, chez Gallimard

« Civilisation – Comment nous sommes devenus américains » de Régis Debray, chez Gallimard

C’est quoi au juste, une civilisation ? Comment ça naît, comment ça meurt ?

« Paul Valéry, qui les savait mortelles, ne souhaitait pas que l’on perde trop de temps à définir ces vagues entités. Accordons-lui qu’il est plus aisé d’identifier, de loin, un sauvage qu’un civilisé ».

C’est avec ce propos liminaire que Régis Debray s’offre à nous présenter la Civilisation et l’idée qu’il s’en fait. Vaste programme !

L’effacement de la nôtre nous aide à répondre à ces questions vieilles comme le monde.
De la CIA au rap, de House of Cards à Baron noir, des primaries à nos primaires, c’est cette imprégnation de notre culture nationale par la civilisation américaine que Régis Debray dévoile avec une gaieté frondeuse, en reliant les menus faits de notre quotidien à l’histoire longue de l’humanité.
Illustrée par l’exemple de la Grèce antique face à l’Empire romain, l’invariable grammaire des transferts d’hégémonie éclaire notre présent d’une façon insolite et pénétrante.

Une prise de recul qui, tout en abordant de plein fouet l’actualité, surprendra également pro- et anti-américains.

L’Europe, ce vieux continent sur le déclin, a, sans s’en rendre compte, petit à petit perdu sa prépondérance, aussi bien intellectuelle que, bien sûr, économique.

Elle est désormais « le vieux monde ». C’est l’amer constat de Régis Debray qui, dans Civilisation, relate l’hallali de ce qui fut et demeure le berceau de notre culture après la perte d’une prééminence restée sans partage pendant des siècles.

Et nombreux en sont les signes, ceux qui, de préalablement avant-coureurs, sont maintenant devenus des stigmates qui défigurent autant nos villes que nos campagnes. Parmi lesquels, par exemple : la diplomatie internationale a renoncé à la langue française depuis le traité de Versailles (1919), les jeux olympiques en ont fait de même, bien que plus récemment (Rio 2016) ; Halloween supplante la Toussaint ; i-Télé, appellation trop franchouillarde sans doute, s’est muée en CNews ; jusqu’à Emmanuel Macron qui imite son (futur-ex) homologue américain Barak Obama et chante La Marseillaise la main sur le cœur…

Ainsi en va-t-il de notre civilisation dans Civilisation.

Régis Debray s’amuse à énumérer, tel un inventaire à la Prévert, (à la différence qu’il est loin d’être exhaustif) les faits et les gestes, accessoires ou historiques, trahissant cette imperceptible et insidieuse évolution.

Mais aucune intention de « casser l’ambiance » pour autant. L’auteur, loin d’adopter le ton rancunier, voire ressentimental auquel vous pourriez vous attendre devant un si triste constat. L’auteur s’amuse au contraire à s’imaginer en Hibernatus interloqué, cryogénisé depuis les années 1960 et soudain réveillé, errant dans le quartier Saint-Michel, à Paris, et y perdant son latin.

Totalement hébété, il fait connaissance avec les coffees, qui ont supplanté nos bons vieux cafés.

Nike a pris place (ça alors !) dans les locaux même des Presses universitaires de France.

Boutique d’où l’on sort, si l’on a un petit creux, commander un hamburger au fast food du coin en lieu et place de notre traditionnel jambon-beurre.

336 a Pour Régis Debray, tous ces signes sont la transcription à peine dissimulée d’une civilisation disparue, la nôtre ! Profond changement civilisationnel qui annonce un nouveau monde. Un monde où l’Homo œconomicus supplante l’Homo politicus. Un monde où désormais l’avoir et le paraitre prévalent sur l’être.

Soit, mais il s’agit tout de même de l’être humain !

©voltairenet.org

 

Ainsi en va-t-il de notre civilisation dans Civilisation.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.