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« Les dieux de la steppe » de Andreï Guelassimov chez Actes Sud (02/11/2016)

« Les dieux de la steppe » de Andreï Guelassimov chez Actes Sud (02/11/2016)

En Sibérie pendant qu’explosait la deuxième bombe atomique americaine…

Dans un petit village extrême-oriental de la Russie, Razgouliaevka (qui tient son nom de la gnole de contrebande qui y est produite) à la veille d’Hiroshima et Nagasaki en juillet 1945, des enfants jouent à la guerre en souhaitant devenir des héros.

Un médecin japonais veut comprendre pourquoi ses compatriotes prisonniers de guerre tombent comme des mouches dans la mine voisine.

Petka, petit garçon va-nu-pieds, cours chaque jour à la gare voir passer les convois militaires qui parfois s’arrêtent. Il les regarde avec béatitude, et il rêve de mourir en héros à la guerre. Car à Razgouliaevka, cette foutue guerre n’est pas terminée…

A une encablure du village se trouve un camp de prisonniers où sont détenus allemands, hongrois et japonais. Les Japonais ont été les premiers « hôtes » de ce lieu pour le moins inhospitalier, alors on continue d’appeler cette communauté « Japs ». Ils sont exploités dans une mine de charbon… Une autre Sibérie en somme. Parmi les captifs nippons se trouve un médecin originaire de Nagasaki, Miyanaga Hirotaro qui note méticuleusement dans son carnet, comme un exutoire, l’histoire de ses ancêtres à travers rites et coutumes de l’époque. Il le fait pour ses fils, pour qu’un jour ils le lisent, comme un testament.

Il ignore bien sûr qu’iminemment, soixante-quinze mille de ses compatriotes, dont sa femme et son fils, succomberont à l’explosion de la seconde bombe atomique americaine…

Petka est un enfant sans père, un garnement qui n’a pas froid aux yeux. Alors on le traite de « fils de pute ». Une bande de gamins d’une rare méchanceté, auto proclamés Majesté des Mouches, lui mènent la vie dure. Il a dû grandir vite pour subsister. Et puis dans sa famille, c’est pas souvent l’heure des câlins : pieds nus, le ventre vide, il trouve un peu de réconfort auprès d’un louveteau ramassé dans la steppe, qu’il cache dans la grange de ses grands-parents, avec leurs chèvres ! Et avec Valerka, un pauvre gosse comme lui comme ami, voilà résumée grosso modo la vie affective du petit Petka…

Ce sacré galopin clope et discute avec le lieutenant chef du camp. Il se met en tête de rechercher Hitler fraichement disparu de Berlin, avec son pote Valerka. Au cas où il aurait atterri quelque part près de la rivière !

Petka et Hirotaro, deux univers, deux personnages qui n’ont foncièrement rien en commun, ni l’âge, ni la culture. Seule la proximité et leur misérable existence finit par les amener à se croiser, et là, la magie opère …

253 - aLa prose de Guelassimov est tout simplement magnifique. Elle restitue de manière vibrante toute la poésie slave. La nature sauvage, la survie dans une steppe de misère, l’univers foisonnant mais tragique des deux personnages et cet aspect incongru qui confine au burlesque de telles conditions de (sur)vie qu’est le quotidien au village et au camp.

Avec Les dieux de la steppe, Andreï Guelassimov vous offre un récit épique, dense d’une rare beauté.

L’auteur est né en 1965 à Irkoutsk, en Sibérie. Il est l’un des écrivains les plus en vue de la littérature russe actuelle. Il a déjà publié, également chez Actes Sud La soif en 2004.

 « Andreï Guelassimov confirme ici son talent de conteur. D’une plume inventive, tantôt lyrique, tantôt farceuse, il peint sans juger une humanité grotesque où règne la loi du chacun pour soi…  » Elisabeth Barillé, Figaro magazine.

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Heloise Paris. Contrairement à ce que mon patronyme laisserait supposer, je suis née en Haute Provence, et serais plutôt Manon des Sources que Gavroche !