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Disparation de Benoîte Groult, auteure de « Ainsi soit-elle »

Disparation de Benoîte Groult, auteure de « Ainsi soit-elle »

Journaliste, écrivain, féministe, Benoîte Groult s’est éteinte ce lundi 20 juin, à l’âge de 96 ans.

Ses parents l’avaient prénommée Benoîte, car ils attendaient un garçon. Elle grandit à Paris durant les années folles, dans un milieu intellectuel et aisé. Elle est élevée dans les canons de la société bourgeoise, mais dans ce paysage, sa mère détonne. « Elle était toujours brillante, tapageuse. Je n’avais qu’une peur dans la vie, c’est qu’elle vienne me chercher à la porte de l’institut Sainte-Clothilde, très catholique (…) Je me disais : toutes les filles vont la regarder, elle a des talons aiguilles, qui font un bruit terrible, elle a un manteau de singe, avec des poils partout. C’était pas du tout le genre des mères des élèves qui tricotaient des chaussettes pour leurs filles, qui étaient ‘comme il faut’ et qui ne travaillaient pas. »

« J’ai été professeur de latin à 25 ans et je n’avais pas le droit de vote. Même les femmes turques avaient le droit de vote ! »

« Mais je ne me suis pas dit : « Mais il faut qu’on se batte ! » Le mot féminisme, on n’en parlait pas ; Simone de Beauvoir n’avait pas encore écrit Le Deuxième Sexe. Elle l’écrira quatre ans après. D’ailleurs elle ne croyait pas au féminisme, elle pensait que le socialisme allait apporter l’égalité, la justice… ».

Sa mère, elle, ne lui trouve « pas de talent » et la pousse à se marier. « A 24 ans je n’étais pas mariée, c’était l’échec total. » Elle-même, plus tard, encouragera ses filles à ne pas épouser un homme avant de le connaître « à la maison, au lit… ». Car sa première grande expérience maritale avec Georges de Caunes, rencontré après la Libération à la radio, où elle rédige des bulletins, est « catastrophique ».

« Je crois qu’il y avait beaucoup de femmes frigides et que ça rassurait les maris. Ils trouvaient du plaisir avec des gourgandines dans des maisons closes, avec des petites amies, mais leurs femmes, ça les inquiétait : Une femme honnête n’a pas de plaisir, chantait Jean Ferrat. »

Benoîte Groult a écrit pour divers journaux Elle, Parents, Marie-Claire… Puis elle se lance sur la scène littéraire, où elle se fait remarquer à partir de 1972, avec son premier bestsellerLa Part des choses

En 1975, elle publie Ainsi soit-elle, ouvrage fondateur pour le féminisme du XXe siècle.

Mot d’ordre : « Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes ». Dans Ainsi soit-elle, elle est la première à dénoncer les mutilations génitales féminines.

« Quand on a écrit nos deux premiers livres, ma sœur et moi, on était considérées comme doublement littérature féminine, donc littérature de second ordre, et les titres des articles c’était Quand ces dames échangent le plumeau contre le stylo (sic…). Et quand on est passées chez Pivot, il groupait les femmes : on était un troupeau de dames, on n’était pas affrontées à des hommes, qui eux écrivent de la belle littérature par définition. Nous, on ne pouvait écrire que des petites histoires sentimentales. Et ça finit par vous peser sur l’ambition, le plaisir d’être, sur l’écriture aussi sûrement. »

Benoîte Groult sa sœur Flora publient Journal à quatre mains dès 1958. José Pivin, dans une interview en 1962, les interroge sur la suite. Toutes deux jugent naturel de privilégier des héroïnes, objets plus familiers d’exploration littéraire. Mais Benoîte Groult se distingue alors par son vœu d’écrire plus largement sur le féminin, et notamment l’évolution du rôle de la femme. Le producteur semble interpellé : « Mais cette évolution de la femme… vous ne voulez quand même pas en faire une espèce de thèse… développée ? »

Justement si. Benoîte Groult persiste et signe !

« Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme, mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes ».

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.