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« Les élus » de Steve Sem-Sandberg chez Robert Laffont

« Les élus » de Steve Sem-Sandberg chez Robert Laffont

« Maintenant, Julius a les ciseaux. Pourtant la douleur est toujours là. Schwester Mutsch aussi est toujours là. Elle se penche vers lui et lui crache à la figure, puis elle étale la salive sur les lèvres et les paupières fermées du garçon. Espèce d’ordure. Tu n’as aucun droit de vivre. Soit on t’enferme chez les fous, soit le docteur te fait une piqûre. Et voilà que la paire de ciseaux ne se trouve plus dans sa main. Elle flotte dans la lumière bleutée, au milieu des lits et des tables de chevet. Alors il brandit haut l’instrument et l’enfonce dans sa poitrine. Enfin, le silence se fait. Même la lumière bleutée semble s’être éteinte. Puis elle revient. Et avec elle l’insoutenable douleur. »

En 1941, à Vienne, Spiegelgrund, ancien hospice et hôpital psychiatrique, a été transformé par les nazis en centre pour enfants handicapés et malades, mais aussi en centre de détention pour jeunes délinquants.

Le pavillon numéro 9, c’est la maison de redressement. Le sinistre endroit où va échouer Adrian Ziegler en janvier…

Il n’est alors âgé que de 10 ans, et vient d’une famille d’origine tzigane. Hannes Neubauer, un garçonnet blond aux yeux bleus, atterrit lui aussi au pavillon 9. Lui n’est pas tzigane, mais il a tout simplement été abandonné par son père. Julius Becker a été condamné à la maison de redressement au simple prétexte ses parents sont opposés au nazisme. Et puis il y a Jockerl, au passé totalement mystérieux : il refuse d’en parler…

Jour après jour, les garçons tentent d’exorciser l’horreur. Dans un époustouflant ballet de voix tour à tour intérieures et extérieures, ils racontent l’enfer qu’ils vivent et la mort qui les guette au pavillon 15, celui où l’on extermine les « indésirables ».

Lorsqu’ils sont assignés au pavillon 9, ils subissent quotidiennement les abus de leurs bourreaux, tant physiques que psychiques. Et de temps en temps, l’un d’entre eux est expédié au pavillon 17. Celui des « inéducables », où les malheureux sont soumis à des conditions d’existence proches de la torture avant d’être éventuellement supprimés.

Au milieu de cet enfer, les enfants tentent d’oublier la menace permanente qui pèse sur leur pauvre vie : le pavillon 15, l’endroit où les « indésirables » sont impitoyablement exterminés non sans leur avoir, préalablement, fait subir de monstrueux examens médicaux.

Les mots des jeunes victimes hurlent leur impuissance face à ces adultes dont ils sont totalement dépendants, ceux à qui ils devraient naturellement faire confiance pour prendre soin d’eux, pour les protéger, mais qui les torturent et les assassinent.

Ceux-là, ce sont les médecins, ceux que l’histoire finira par juger : le docteur Illing, convaincu d’agir pour la science et pour le bien général, le docteur Türk, qui s’est contentée d’obéir aux ordres du Reich, le docteur Gross…

Les infirmières de Spiegelgrund ne sont pas en reste dans cette sinistre partition, comme l’énigmatique Anna Katschenka. Totalement dénuée d’état d’âme, elle exécute sans frémir les ordres les plus atroces de ses supérieurs. Ce qui ne l’empêche pas, par ailleurs, une fois retournée à la vie « civile » d’être entièrement dévouée à ses vieux parents…

Les voix des tortionnaires se conjuguent avec celles des enfants. Ils se retrouvent comme eux prisonniers d’une gangue maléfique contre laquelle la raison se brise. Sous totale emprise nazie, ils ne cessent de répéter les incantations dont on leur a bourré le cerveau : « Bientôt nous assisterons à l’avènement du Grand Reich allemand. Vous aurez alors la chance de grandir dans la lumière, à la différence de vos parents et grands-parents qui ont été contraints de vivre dans la honte et l’obscurité. Cependant, les enfants, pour s’élever dans la lumière il faut être prêt à payer de sa personne. »

« Cela ne concerne pas uniquement nos braves soldats, qui combattent dans les tranchées et se sacrifient pour vous, mais vous aussi, les élus. Vous devez comprendre que cette distinction s’accompagne de devoirs. »

Après la guerre, Adrian, Hannes et les quelques survivants de Spiegelgrund témoigneront, mais auront peine à se faire entendre.  Mais ce ne sera finalement qu’en 2002 que l’Autriche exhumera enfin cet ignoble passé. Les restes des petites victimes seront retrouvés conservés dans des bocaux au sous-sol de l’hôpital. Ils seront enfin enterrés, et un mémorial leur sera élevé.

Les élus, un bel hommage de Steve Sem-Sandberg à ces oubliés de l’Histoire…

« Un brillant travail d’écriture, dont l’intensité et la profondeur vous rentrent dans la peau et ne quittent plus vos pensées. » Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Au milieu de cet enfer, les enfants tentent d’oublier la menace permanente qui pèse sur leur pauvre vie : le pavillon 15, l’endroit où les « indésirables » sont impitoyablement exterminés non sans leur avoir, préalablement, fait subir de monstrueux examens médicaux.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.