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« Faire Charlemagne », de Patrice Delbourg

« Faire Charlemagne », de Patrice Delbourg

« Faire Charlemagne », de Patrice Delbourg, au Cherche midi (août 2016).

Lorsqu’un professeur capitulard et timoré cède à ses pulsions séditieuses…

Sombre, Faire Charlemagne, est un roman à cent pour cent politiquement incorrect : provocation et polémique en tissent la trame principale.

Car pour Antonin Chapuisat, enseigner n’est plus un sacerdoce, mais un véritable enfer. Le professeur, pour commencer, n’était déjà pas particulièrement choyé lors de la distribution des cartes à sa naissance. Dans sa famille, les termes « joie de vivre » ou encore « enthousiasme » ne faisaient visiblement pas partie du vocabulaire.

Il est aujourd’hui professeur de littérature dans le vieux lycée de renom. Mais son métier, loin de lui apporter l’épanouissement qu’il espérait, l’a rendu aigri et passéiste, loin de son énergie initiale : « Cette hantise d’un monde nouveau aux portes de son fief citoyen ne lui avait jamais faussé compagnie, il entretenait ainsi le flambeau familial, sommaire mélange de xénophobie radicale et de soupçon mercantile ».

Sous ses pas, le pavé de Saint-Antoine, près de la Bastille, ne ressemble plus à celui de naguère. Ses effectifs scolaires non plus. Ses classes d’élèves bigarrés et insolents l’insupportent. La capuche fait mauvais ménage avec le feutre taupé. Quel est l’intérêt de son métier lorsqu’on a une si piètre opinion de son public ? « Les élèves le regardaient pantois, effondrés sur leurs pupitres, crêtes iroquoises en médrano, petites queues de ragondin dans la nuque, tignasses entièrement amidonnées à la gélatine halal (…) clous dans les joues, pauvres gaziers qui essayaient de rassembler en feux grégeois les derniers télégrammes de détresse émis par leur mémoire sinistrée ».

Insensiblement, il glisse du mauvais côté du balcon. Chez lui, toute espérance est devenue bonsaï. Il reste pourtant à Antonin Chapuisat une ultime ambition, celle qui l’aide à se lever le matin : faire partager à son auditoire sa passion pour des écrivains à la réputation controversée, pratiquement oubliés de nos jours, tels que Albert Paraz, Henri Béraud ou Benjamin Péret. A tel point que, subrepticement, il substitue peu à peu ces auteurs à ceux du programme de l’Education nationale, comme Antoine de Saint-Exupéry ou André Malraux. Au grand dam des parents !

Son enseignement commence à sentir le soufre. La tête dans le sac, capitulard, imperméable aux sensibilités culturelles et religieuses de son auditoire, Chapuisat radicalise ses interventions réactionnaires, culbute le vieil humanisme progressiste. Ça jase dans les couloirs.

Bien sûr, il n’est pas conformiste, loin s’en faut. Mais Antonin Chapuisat tente, paradoxalement très sincèrement, de stimuler ses élèves pour les amener à penser par eux-mêmes avec sa démarche iconoclaste … Les altercations se multiplient dans les rangs, jusqu’à ce que le drame survienne entre deux collégiens à l’ombre des murailles de Philippe Auguste…

Avec ce roman cynique, désabusé, d’un pessimisme ravageur, Patrice Delcourt vous amusera par son ton ironique et polémique. Faire Charlemagne ne manquera pas également de vous séduire par sa richesse lexicale…

Patrice Delbourg

Lu sur le site de Patrice Delbourg : « C’est le 7 octobre 1949, au petit matin, à l’hôpital de la Pitié, Paris treizième, qu’il émigra pour la première fois de lui-même. Péridurale, forceps, double cordon ombilical autour du cou et tout le tintouin. Trois semaines de controverses autour d’une couveuse. On le donna longtemps pour mort. La suite ne fut qu’un long répit. »

Faire Charlemagne

Avec ce roman cynique, désabusé, d’un pessimisme ravageur, Patrice Delcourt vous amusera par son ton ironique et polémique. Faire Charlemagne ne manquera pas également de vous séduire par sa richesse lexicale…

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.