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« Fendre l’armure » de Anna Gavalda aux éditions Le Dilettante

« Fendre l’armure » de Anna Gavalda aux éditions Le Dilettante

Anna Gavalda, tu nous fends l’armure ! (pour parodier une célèbre réplique de Marcel Pagnol…)

« On me demande d’écrire quelques mots pour présenter mon nouveau livre aux libraires et aux critiques et, comme à chaque fois, ce sont ces quelques mots qui sont les plus difficiles à trouver. Je pourrais dire que c’est un recueil de nouvelles, que ce sont des histoires, qu’il y en a sept en tout et qu’elles commencent toutes à la première personne du singulier mais je ne le vois pas ainsi.

Pour moi, ce ne sont pas des histoires et encore moins des personnages, ce sont des gens. […] De vraies gens.

Quelles gens ? Certaines gens. De bonnes gens.

Il y a beaucoup de « gens » dans ce nouveau livre qui ne parle que de solitude. Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean (!) et les autres n’ont pas de nom. […]

Ils parlent pour essayer d’y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l’armure.

Tous n’y parviennent pas mais de les regarder essayer, déjà, cela m’a émue. […]

Pour moi ce ne sont pas des personnages, ce sont des gens, de réelles gens, de nouvelles gens et c’est eux que je vous confie aujourd’hui. » (A.G.)

Cette armure, ils se la sont délibérément façonnée, petit à petit, sans s’en rendre compte. Ils sont « fantassin du capitalisme », ou encore employée d’animalerie, chauffeur routier, voire expert en bâtiment.

Pour faire face à un deuil, à un chagrin amour ou pour lutter contre un destin où tout pourtant leur semblait écrit d’avance.

Par la grâce d’une rencontre inattendue, souvent brève, toujours forte, ils fendent l’armure, celle que leur vie avait construite autour d’eux, celle qui les protégeait mais cassait leurs élans, opprimait leurs aspirations profondes, dans laquelle ils étouffaient sans même plus s’en rendre compte tellement elle était leur vie toute entière !

332 a ©LeFigaro

Dans Fendre l’armure, vous vous immiscez entre deux femmes qui papotent à la maison, lovées dans un canapé aux rondeurs rassurantes. Vous faites connaissance avec deux compères, par ailleurs voisins, qui partagent la même extravagante passion pour les chaussures. Vous partagez la compréhension d’un père quand il découvre la grosse bêtise de son fils qu’il pardonne. Un réseau de personnages tous plus émouvants les uns que les autres. Anna Gavalda vous les fera aimer.

Bien sûr, encore et toujours, vous entendez que la plume d’Anna Gavalda n’est pas des plus sophistiquées. Malgré tout, dans ce dernier opus le langage parlé qu’on lui a tant reproché transparaît beaucoup moins et de manière plus juste. Mais sans doute vous laisserez-vous gagner par l’émotion que déclenche les infimes détails qu’elles glisse dans ses récits et qui leur donne une teneur vivante qui parle à notre sensibilité, à notre propre condition des « vraies gens » que nous sommes, vous et moi.

Anna Gavalda, tu nous fends l’armure !

Tiens, cet extrait par exemple : « J’ai ouvert les yeux et je les ai refermés aussitôt…
Il y avait deux filles en face de moi.
Une moche qui a aussitôt baissé la tête en se marrant et une canon qui m’a torpillé du regard avant de renquiller ses écouteurs dans un soupir excédé.
Le con.
La moche, je m’en foutais, mais la jolie ça me tuait.
J’ai gratté encore un peu de somnolence histoire de me recomposer une gueule de killer à peu près décente et je suis revenu dans la partie, mon carré bien en main.
Je me suis redressé, je me suis rajusté, j’ai rentré ma chemise dans mon pantalon, j’ai arrangé mon col, je me suis recoiffé (gel à la bave de zombi, tenue garantie), j’ai lissé mes sourcils, j’ai passé ma langue sur mes lèvres desséchées par l’alcool et les embruns et je me suis remis en mode chasse et cueillette. Mains qui rabattent, soupçon de dédain pour marquer l’arrêt, regard qui tient en joue et sourire qui embroche. Je parle de l’avion de chasse évidemment. L’autre, y avait rien à braconner, elle était déjà embusquée dans un livre… »

ils fendent l’armure, celle que leur vie avait construite autour d’eux, celle qui les protégeait mais cassait leurs élans, opprimait leurs aspirations profondes, dans laquelle ils étouffaient sans même plus s’en rendre compte tellement elle était leur vie toute entière !

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photo heloise paris 1

Heloise Paris. Contrairement à ce que mon patronyme laisserait supposer, je suis née en Haute Provence, et serais plutôt Manon des Sources que Gavroche !