Select Page

« Fils du feu » de Guy Boley

« Fils du feu » de Guy Boley

« Fils du feu » de Guy Boley, chez Grasset (une sélection du Prix du premier roman)

Souvenirs d’un enfant des Trente Glorieuses.

Années 50 : Jérôme passe ses journées entre la forge de son père et la cuisine de sa mère, entre un monde d’hommes taiseux, son père et son frère Jacky, qui maitrisent le feu pour dompter le fer, le frappent, le tordent, le soudent, et un monde de femmes, en permanence les mains dans l’eau bouillante, chargées des lessives, frappant et tordant le linge…ou écorchant des grenouilles. Le gamin n’a pour seul horizon que ces deux mondes, le feu et l’eau, son quartier de Besançon, celui du dépôt des locomotives à charbon, dont les fumées encrassent le linge fraichement étendu. Des jeux simples, un arc qui fait rêver le môme et qui suffit à le combler. Un bonheur qui n’est, en vérité, qu’apparent. Les femmes et les hommes ne se parlent pas, abrutis de fatigue par leurs tâches, et l’on perçoit très vite un mal-être….

Nés sous les feux de la forge, le père et son ainé étaient ce que l’on appelait à l’époque des Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais Jacky meurt prématurément et laisse derrière lui des parents et un frère terrassés de douleur. Face au pénible deuil, chacun s’invente sa parade de son coté, jusqu’à la folie : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si de rien n’était.

Fils de feu est une véritable plongée dans un monde à jamais révolu. Les descriptions du quotidien de la province sont d’un réalisme troublant : la forge, les jours de lessive, la cuisson des rainettes, le bruit des motrices à charbon. Mais le Progrès s’emballe, transformant les êtres et les choses sous les yeux d’un enfant sensible et taciturne qui grandit dans une famille aimante mais fracassée par ce drame.

Alors pour lui se posent deux questions : comment se comporter avec une mère qui continue de dresser le couvert du fantôme qui hante ses rêves, ou de border chaque nuit un lit vide depuis longtemps ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ?

Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, Fils du feu survivant, retrouve la paix grâce à son art. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et où les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.

Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse. Fils du feu a tout d’un grand, ne serait-ce que par la beauté de l’écriture, avec ces phrases à la lenteur proustienne, ces formulations où se glissent le comique, le burlesque, l’ironie…

Vous ne manquerez pas d’aimer ce très touchant récit d’apprentissage, aux interprétations oniriques et aux parfums de nostalgie. La générosité de l’auteur, qui se livre avec pudeur mais sans parcimonie, ne manquera pas de vous émouvoir, dans cette histoire tourmentée où se croisent littérature, mythologie et peinture.

163-2

Guy Boley est né en 1952. Tour à tour maçon, ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps, et cascadeur, puis dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre, il a réalisé une centaine de spectacles en Europe, au Japon, en Afrique et aux États-Unis. Fils du feu est son premier roman.

Vous ne manquerez pas d’aimer ce très touchant récit d’apprentissage, aux interprétations oniriques et aux parfums de nostalgie. La générosité de l’auteur, qui se livre avec pudeur mais sans parcimonie, ne manquera pas de vous émouvoir, dans cette histoire tourmentée où se croisent littérature, mythologie et peinture.

Acheter ce livre

Amazon

Acheter ce livre

Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.