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« Fordlandia » : le vrai visage d’Henry Ford, le célèbre père de la « Ford T »

« Fordlandia » : le vrai visage d’Henry Ford, le célèbre père de la « Ford T »

« Fordlandia », par Jean-Claude DEREY – Editions Payot et Rivages (juin 2016) : le vrai visage d’Henry Ford, le célèbre père de la « Ford T »

FordlandiaHenry Ford, c’est un fait mal connu, a inspiré Hitler à travers les nombreux articles antisémites de son journal, le Dearborn Independent.

Henry Ford était un pacifiste qui s’opposait à la Première Guerre mondiale, et il avançait que les Juifs étaient responsables du déclenchement des guerres dans le but d’en tirer profit : « les financiers internationaux sont derrière toutes les guerres. Ils sont ce qu’on appelle le Juif international : Juifs allemands, juifs français, juifs anglais, juifs américains. Je crois que dans tous ces pays sauf le nôtre, le financier juif est souverain … alors qu’ici (en Amérique), le juif est une menace. »

Ford pensait aussi que les juifs, dans leur rôle de bailleurs de fonds, ne contribuaient en rien à la valorisation de la société. Il croyait que les entreprises juives se concentraient uniquement sur le prix, et dépréciaient leurs produits.

Bienvenue à Fordlandia !

Dans les années 1920, Luther, un jeune juif, postule comme rédacteur en chef du journal le Dearborn Independent. Sous couvert de cette fonction et en cachant ses origines, il gagne la confiance de l’industriel et renseigne ainsi la communauté juive américaine sur les tractations secrètes entre Hitler et Ford, qui contribuent au financement du parti national socialiste. Mais Luther est démasqué et envoyé par Ford dans sa plantation de caoutchouc en Amazonie, Fordlandia, sous prétexte d’enquêter sur l’assassinat d’un des cadres. En fait, le chef de la plantation de Fordlandia est chargé de l’éliminer en simulant un accident…

Ce polar est pure fiction sans doute (?), mais la plantation est bel et bien réelle : En 1927, Henry Ford, alors l’homme le plus riche du monde, a acheté un terrain grand comme deux fois le Delaware dans l’Amazonie brésilienne pour y cultiver le caoutchouc. Le projet prend des proportions énormes et porte l’ambition d’y importer l’Amérique entière, avec ses terrains de golf, ses boutiques de glace, ses kiosques, où la Ford Model T elle-même évoluerait élégamment sur de larges avenues.

Puis Fordlandia, est rapidement devenu le théâtre d’une lutte épique. Avec d’un côté le magnat de la voiture, maigre, austère, l’homme qui a réduit la production industrielle à ses mouvements les plus simples ; et de l’autre, le bassin amazonien, luxuriant, extravagant, comportant le système écologique le plus complexe sur la planète. Après des débuts pourtant prometteurs et fidèle à ses principes managériaux (Ford avait institué le système du pointage des heures de travail dans la jungle !), le scenario vire bientôt à la catastrophe : les ouvriers indigènes se montrent très vite définitivement réfractaires au puritanisme du Middle West de leur auguste patron

A cette époque, sa carrière était pourtant déjà bien lancée, et le mode de gouvernance de ses entreprises plus que rodé :Henry Ford est l’un des pionniers du welfare capitalism (le « capitalisme du bien-être »), une pratique industrielle paternaliste destinée à améliorer le niveau de vie des travailleurs. Par exemple, le 5 janvier 1914, il annonce l’augmentation des salaires journaliers minimum. Qualifié de « grand humaniste » ou de « socialiste fou », Ford n’a pas mis en place cette initiative pour établir une solide classe moyenne capable d’acheter ses produits, comme on l’a parfois avancé, ni même par acte de charité. Comme il l’explique lui-même dans ses mémoires, c’est l’« un des meilleurs moyens de réduction des coûts jamais mis en place ».

En effet, Henry Ford agit uniquement dans l’intérêt de ses entreprises. Mais ce management ne produit pas vraiment les effets escomptés : ses usines sont en proie à un important turnover, qui conduit de nombreuses usines à devoir engager annuellement 300 personnes pour 100 postes, sans compter un absentéisme record.

L’auteur de Forlandia, Jean-Claude Derey, né à Alep en 1940, est un journaliste, cinéaste et écrivain français.

Le chef de la plantation de Fordlandia est chargé d’éliminer Luther en simulant un accident…

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.