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Fréderic Beigbeder appelle « Au secours pardon » !

Fréderic Beigbeder appelle « Au secours pardon » !

« L’Idéal », le film tiré de « Au secours pardon » de Frédéric Beigbeder paru chez Grasset, mérite que l’on revienne sur le livre qui en est à l’origine.

Après 99 Francs, Octave Parango revient donc pour de nouvelles aventures : il est aujourd’hui model scout, employé par des marques pour trouver les mannequins de demain. Alors qu’il mène grand train, la vie d’Octave prend un tournant lorsqu’il se retrouve chargé d’une mission confiée par L’Idéal (la plus grande marque de cosmétiques au monde !). Il n’a que sept jours pour découvrir miss Univers. De Paris à Moscou, de soirées en castings, vous suivez la quête éperdue d’Octave. Et, comme dans 99 francs, il est question dans ce nouvel opus de vie facile, de relations bling bling avec sa dose de drogue et d’alcool, mâtinées d’une histoire d’amour entre Octave et une gamine à peine pubère.

Mimétisme, effet-miroir, tous les ingrédients du rêve générés par la publicité sont ici distillés.

La mission du talent scout est colossale : trouver la perle rare, celle à laquelle des milliers de femmes avides de plaire voudront s’identifier. Mais, comme toujours chez Frédéric Beigbeder, la dénonciation, la satire apparaissent sous les comportements incohérents d’Octave quand il va rencontrer Lena, une adolescente de Saint-Pétersbourg qui servira de révélateur et de réflexion sur la liberté précaire de nos sociétés.

Lena Doytchevski a quatorze ans, Octave en a quarante, ce qui ne l’empêche pas d’en tomber fou amoureux au point de devenir romantique à l’extrême et d’entamer une relation non consommée avec elle. Grâce à lui, Lena devient le futur visage du nouveau produit de la marque de cosmétiques L’Idéal. Mais l’entourage et le milieu dans lequel gravite Octave vont causer sa perte : Sergueï Orlov, un milliardaire qui a fait fortune grâce à la chute du communisme (pétrole, armes, pornographie), va attirer Lena dans un monde qui lui correspond davantage.

Selon Jacques de Decker et Pierre Maury dans Le soir, « Au secours pardon est à ranger avec le meilleur Houellebecq et le plus flamboyant Moix parmi les dénonciations souffrantes et sulfureuses de notre monde pris de folie. »

Il y est question de l’énorme mutation culturelle qui a touché la Russie depuis l’écroulement du communisme. « Pendant trois quarts de siècle, le sexe fut la seule distraction des Russes, avec la vodka et la délation, mais elle s’est bien rattrapée depuis. Le débauché Octave Parango se sent à l’aise dans cette Russie-là qui a digéré en peu de temps tous les tics de l’Occident. » L’histoire et les pratiques de cette marque à l’appellation limpide (est oui, tout n’est pas glauque dans Au secours, Pardon) sont mises en cause sans vergogne. L’audace est à saluer.

Mais Octave, alias Beigbeder, ne parvient pas à s’extirper du paradoxe qui le fonde : il fait un métier épouvantable et mène une existence débilitante ; seulement, ce métier l’intoxique et il est accro à cette vie facile.

L’idéal, le film tiré de Au secours, Pardon, parle de la marchandisation du corps humain, prostitutionnel, pornographique, publicitaire, de ces filles de l’Est que l’on va recruter de plus en plus jeunes. « Savoir ce qui ferait bander les mecs était mon job », décrit lui-même le héros. Eh oui, « les seuls sujets intéressants sont les sujets tabous », se désolait le dandy parisien dans Windows on the World.

Crise de la quarantaine à l’appui, Octave fait preuve, dans Au secours, Pardon, d’une désinvolture qui contraste avec la pétulance qui le caractérisait dans 99 francs. Ce personnage aurait pu être créé par Houellebecq, tellement tout lui passe au-dessus.

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.