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Il est comment le dernier Carrère ?

Il est comment le dernier Carrère ?

La classe de neige, La moustache, L’adversaire, Un roman russe, D’autres vies que la mienne, Limonov, Le Royaume

il est des auteurs qui se renouvellent à chaque publication, faisant de chacun de leur livre un univers en pages, une histoire, autobiographique ou non, indépendante et singulière, ne convoquant pas nécessairement la lecture de celle(s) qui la précède(nt).

Emmanuel Carrère fait partie de ces auteurs-là, incontestablement, créant à chacune de ses nouvelles parutions un événement littéraire. De quoi Carrère va-t-il nous parler cette fois-ci ?

Il est avantageux d’avoir où aller persiste et signe et s’inscrit de fait parfaitement dans la lignée de son auteur.

Paru il y a deux mois chez P.O.L., Il est avantageux d’avoir où aller persiste et signe et s’inscrit de fait parfaitement dans la lignée de son auteur : c’est nouveau, c’est surprenant, les obsessions de Carrère reviennent, tel un refrain, parsemer les quelques cinq cent pages du livre et, on ne va pas se mentir et tourner autour du pot, c’est vraiment très bien, comme à chaque fois finalement. Il est fort cet Emmanuel Carrère, que voulez-vous ?

Ici, la donne change, pas d’histoire directrice ni d’épisode autobiographique en trame de fond, mais un peu de tout ça puisqu’il s’agit en fait d’un recueil de chroniques, la plupart des articles écrits par Emmanuel Carrère depuis 25 ans dans la presse, allant du Nouvel Observateur à La Règle du jeu, en passant par Les Inrockuptibles ou  la revue XXI.

Rappelons ici qu’il a une formation de journaliste, profession qu’il a exercée notamment dans les années 1980 et 1990. Comme l’indique la quatrième de couverture, il est aussi bien question d’un reportage sur les traces de Dracula en Roumanie après la chute de Ceausescu que de patrouilles sur le front de l’Est dans le chaos postcommuniste, de projets de films, de récits de procès criminels, d’éloges de livres aimés, d’une rencontre désastreuse avec Catherine Deneuve et même d’une série de « chroniques un peu porno écrites avec une délicieuse sensation d’impunité »  – du Carrère tout craché, et on ne va surtout pas se plaindre.

Chacun des quelques trente textes qui composent le livre est aussi intéressant dans son contenu que dans sa place dans l’enchaînement des chroniques, chacun témoignant à sa manière du parcours et du cheminement d’Emmanuel Carrère, ceci menant à cela, le nécessaire recours à l’autobiographie pour ensuite évoquer le général, ou l’inverse, l’un entraînant l’autre, l’autre complétant l’un. La politique, la littérature, le cinéma, les faits divers, les questions de société, la solitude, l’état du monde aussi bien que son propre état, ce livre montre une fois encore combien l’expérience de l’écriture pour l’auteur est synonyme de celle de la vie, du temps, de l’intime comme de l’universel.

Il semblerait en effet que, pour Carrère, il y ait toujours une bonne raison d’écrire : qu’il s’agisse d’une histoire, de l’Histoire ou de soi, il s’intéresse à tout et en parle quand même toujours drôlement bien. Ici encore, vous verrez, vous lirez et vous verrez… Vivement le prochain !

Chacun des quelques trente textes qui composent le livre est aussi intéressant dans son contenu que dans sa place dans l’enchaînement des chroniques, chacun témoignant à sa manière du parcours et du cheminement d’Emmanuel Carrère.

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Lise Gallitre

Journaliste spécialisée dans la culture au sens large du terme.