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Interview de Gabriel Colletis : Quelles crises, quelles solutions

Interview de Gabriel Colletis : Quelles crises, quelles solutions

Interview de Gabriel Colletis auteur de Quelles crises, quelles solutions – Uppr Editions

Quel est votre regard sur l’édition numérique aujourd’hui ? Passage obligé ou belle opportunité de « vivre avec son temps » ?

L’édition numérique, tout d’abord, ne s’oppose pas à l’édition « papier ». Elle la complète, comme l’a très bien compris UPPR. On ne lit pas de la même manière un livre numérique et un livre papier. Un livre papier est un objet, que l’on peut manipuler physiquement, ranger dans une bibliothèque. Le livre numérique est dématérialisé. Il n’a pas de poids. On peut disposer de sa bibliothèque numérique sur son ordinateur ou sa tablette. Contrairement à ce que l’on a pu penser, les jeunes mais aussi les moins jeunes constituent des publics privilégiés du livre numérique. Les tailles de caractères sont modifiables, ce qui assure un confort de lecture que le livre papier n’a pas toujours.

Développer un thème précis sur une quarantaine de pages : est-ce une contrainte formelle difficile à respecter ou, au contraire, un bon moyen d’aller à l’essentiel selon vous ?

Un livre de 40 pages est un moyen incitatif permettant d’aller à l’essentiel. L’objectif est d’être clair, simple… sans tomber dans le simplisme, la caricature du raisonnement. L’exercice est très stimulant.

De façon peut-être plus personnelle, quelle est au fond votre intention lorsque vous décidez d’écrire ?

Mon intention est d’expliquer, proposer, convaincre, faire passer des « messages ». Nous vivons dans un monde où le poids des grands médias largement uniformisés est tel, que le risque existe d’une certaine perte de diversité de la pensée. Le développement de livres de taille réduite à un prix abordable est un moyen de la démocratie.

« Crise » – un mot nécessairement associé à l’époque contemporaine selon vous ?

« Crise » vient du grec et signifie « moment du choix ». Nous vivons, en effet, une époque où il n’est plus possible de continuer de vivre, travailler comme « avant ». Notre rapport à la nature doit également changer faute de quoi l’humanité entière court le plus grand risque. La crise que nous vivons marque donc la fin d’un monde et la mutation vers un monde que nous devons collectivement penser et agir.

Nommer et identifier ces différentes crises dont souffre l’économie française, n’est-ce pas déjà là un début du remède ?

En effet. Désigner ou nommer, se saisir d’un certain nombre de mots – en réalité, des concepts – est une tâche essentielle. Quelque chose qui n’est pas nommé n’existe pas. Le débat sur le sens que l’on donne à chaque mot est essentiel et fait partie de la controverse nécessaire à toute démocratie. Par exemple, il n’est pas indifférent de parler de « charges » sociales ou de cotisations sociales. « Charges » suggère, par définition, quelque chose que l’on ne peut que vouloir alléger…

Comment expliquer l’évolution et de la progression de ces crises depuis les années 1970 ?

J’explique dans mon livre l’enchaînement de plusieurs crises depuis les années 1970. Sans reprendre ici l’analyse de cet enchaînement, je souhaite faire observer que la « mère » de toutes les crises est la crise du travail… Nous retrouvons cette crise non résolue à travers les débats sur la loi « El Kohmri »…

Vous parlez d’un « nouveau modèle de développement » à envisager pour sortir de l’impasse : quelles seraient les premières étapes de ce renouveau ?

La première étape consistera à repenser le travail en ne le considérant plus comme un coût, mais comme un apport de compétence. Seul un tel changement peut permettre aux firmes de retrouver le chemin de l’innovation. Il faudra également « retarder » la finance. La finance, aujourd’hui volatile, n’autorise pas la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement sur le temps long. Il faudra « instituer » l’entreprise, le droit français ne reconnaissant aujourd’hui que la seule « société » qui rassemble les détenteurs du capital.

Et maintenant, de quoi finalement voudriez-vous nous parler ?

De la nécessité de ne plus séparer les réflexions sur le politique et sur l’économique. L’économie est politique, ce qui signifie que la société des citoyens doit s’emparer des questions économiques, les faire siens.

Gabriel Colletis

Gabriel Colletis est Professeur de Sciences économiques à l’Université de Toulouse 1. Président du Conseil de laboratoire du Laboratoire d’Étude et de Recherche sur l’Économie et les Systèmes sociaux (LEREPS) (EA), Membre du Conseil scientifique du Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Allemagne (CIERA)

Gabriel Colletis

Dans une époque particulièrement menacée par l’idéologiquement et le politiquement corrects, où progresse par conséquent l’autocensure, il est capital pour la santé de la démocratie de continuer à penser et à écrire, sous toutes les formes.

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La rédaction la-redaction