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Interview de Gilles Farcet

Interview de Gilles Farcet

Quel est votre regard sur l’édition numérique aujourd’hui ? Passage obligé ou belle opportunité de « vivre avec son temps » ?

Je suppose qu’à l’apparition de l’imprimerie, beaucoup ont été effarés… Pour moi, les nouveaux outils de communication et de diffusion sont « neutres ». D’abord, ils font partie de l’ensemble du réel ici et maintenant, quoi que quiconque (y compris moi) puisse en penser ; ensuite, ces outils ont leur concave et leur convexe. Ils permettent et facilitent beaucoup, et présentent en même temps quantité de risques (dispersion, superficialité, etc). Quoi qu’il en soit, ils sont là, et à partir de cette évidence, tout dépend de la conscience et de l’intention avec lesquelles ils sont utilisés. Autant je ne me sens pas contraint de rester à tout prix « dans le coup », autant je suis convaincu qu’il faut « vivre avec son temps », comme le dit si bien le proverbe, ce qui ne signifie pas céder à toutes les folies et égarements du moment. Donc, l’édition numérique m’apparaît en effet en positif comme une belle opportunité.

Développer un thème précis sur une quarantaine de pages : est-ce une contrainte formelle difficile à respecter ou, au contraire, un bon moyen d’aller à l’essentiel selon vous ?

D’après mon expérience, c’est un excellent moyen d’aller à l’essentiel. De tous temps, la création a reposé sur des contraintes. Le cadre posé et accepté, en art, en écriture, en musique, lors d’un stage, etc., impose certes une limite ; mais la limite elle-même stimule la créativité et génère une originalité. Bref, en ce qui me concerne, ce format s’est avéré très porteur et stimulant.

De façon peut-être plus personnelle, quelle est au fond votre intention lorsque vous décidez d’écrire ?

Partager, transmettre. Je pratique différents types d’écriture. Dans l’écriture poétique (je viens de publier un recueil de poèmes), il s’agit de partager et transmettre une sensibilité, une certaine relation à soi-même et au réel. De célébrer aussi. Dans l’écriture d’un « petit traité » comme Le Choix d’Être Heureux, il s’agit de faire œuvre pédagogique : partager , transmettre, des outils, une pratique, une perspective. Dans l’écriture d’un récit comme mon « autobiographie » ou quelques autres de mes livres, il s’agit de partager et transmettre une histoire, une expérience personnelle, en même temps que des réflexions, un peu de ce qu’il me semble avoir appris… Enfin, dans l’interview, que j’ai beaucoup pratiquée autrefois, il s’agit de servir au mieux l’émergence de la parole d’un autre. Quoi qu’il en soit, il s’agit toujours de partager et de transmettre.

Comment en arrive-t-on à écrire sur un thème aussi riche et complexe que le bonheur ? Au fait, écrire sur le bonheur, entre nous, est-ce que ça rend heureux ?

J’ai passé toute ma vie à réfléchir et expérimenter autour de cette question, non pas tant du « bonheur » – notion assez approximative que je m’attache à dénoncer au début de mon petit traité – mais du fait d’ « être heureux ». Tout le monde cherche à être heureux, moi aussi, il se trouve que j’ai très tôt eu la conviction qu’être heureux autrement que de-ci de-là ne relevait pas seulement des hasards de l’existence mais d’une pratique, d’un apprentissage pourrait-on dire. Quand la proposition m’a été faire, j’ai ressenti comme naturel de chercher à partager un peu de ce que j’avais le sentiment d’avoir intégré à ce sujet. Ce n’est pas d’écrire sur le bonheur qui me rend heureux. Écrire (sur le fait d’être heureux ou sur autre chose) me donne souvent du plaisir, parfois une forme de jubilation – comme faire la cuisine, jouer de la musique, ouvrir un bon vin… Mais si je me suis permis d’écrire sur « le choix d’être heureux », c’est parce que, fondamentalement, je me sens plein de gratitude et émerveillé (ce qui ne veut évidemment pas dire que mon existence soit en tous points exempte de vicissitudes, d’épreuves, passées, présentes ou à venir). Je ne me serais pas permis d’écrire sur ce thème si je me sentais fondamentalement malheureux.

Vous êtes également musicien : que pourriez-vous nous dire de cette expérience ? Comment participe-t-elle de votre chemin spirituel ? Et lorsque vous jouez ou composez de la musique, votre état d’esprit est-il fondamentalement différent de celui qui est le vôtre lorsque vous écrivez ? Comment le décririez-vous ?

Je me considère comme un auteur « professionnel » – au sens où je crois avoir dans ce domaine ce que l’on appelle du « métier » – et un musicien amateur. Mais il est vrai que j’ai composé et enregistré un certain nombre de chansons-morceaux et qu’il m’arrive de jouer en concert. La création, à un niveau amateur, professionnel, qu’elle soit musicale, picturale, culinaire ou autre, la création est la création. Une célébration de la vie qui se sait elle-même vivante et jouit de se déployer. Le chemin spirituel, c’est la vie même (et pas une « idéologie spiritualiste »). Jouer, composer, c’est encore partager, transmettre, célébrer, jubiler…

Les livres de développement personnel ont aujourd’hui le vent en poupe en librairie : est-ce de bon augure pour le savoir-être, selon vous ?

Oui et non. C’est sans doute heureux que de plus en plus de gens s’intéressent à la méditation, cherchent un sens, une qualité, commencent à raisonner en dehors de la bulle scientiste et matérialiste. En même temps, le « développement personnel » n’a rien à voir avec la voie spirituelle au sens profond du terme. Sur ce point, je dois admettre que ma conviction peut paraître élitiste et restrictive, mais c’est la mienne : la voie spirituelle, la maturation intérieure, celle dont parlent les Évangiles, les Upanishads, les soutras du Bouddha, la poésie de Rûmî, cette voie ne peut pas et ne pourra jamais concerner le grand nombre. Pourquoi ? Parce qu’elle implique une remise en cause radicale – jusqu’à la racine – un bouleversement, une forme de mort et de renaissance, toutes mutations qui n’adviennent que si l’on s’acquitte d’un « prix » que bien peu sont prêts à payer et dont très peu ont ne serait-ce qu’idée. De ce point de vue-là, tout ce qui a « le vent en poupe » est un peu à la dimension spirituelle ce qu’est le Canada dry à l’alcool (en tout cas selon la fameuse pub). Cela peut être bon, bienfaisant, utile… Et c’est autre chose. Évidemment, la plupart confondent le « produit dérivé » avec la source. Le savoir-être , pour reprendre votre expression, ne sera jamais le fruit de techniques isolées, si pointues et performantes soient-elles. Il s’agit de tout autre chose.

Et maintenant, après le bonheur, de quoi voudriez-vous nous parler ?

Je viens de terminer un deuxième « petit traité » – j’aime utiliser cette expression pour désigner les livres numériques écrits pour UPPR – dont le sujet est : « guérir l’ego ou guérir de l’ego ». J’essaie d’y clarifier pas mal de confusions et approximations autour de cette notion d’ « ego » ; et de donner des pistes quant à la relation à entretenir avec le dit « ego ». Je n’ai pas le sentiment de changer de sujet, car être heureux suppose une relation consciente et apaisée avec un ego remis à sa juste place.

 

Tout le monde cherche à être heureux, moi aussi, il se trouve que j’ai très tôt eu la conviction qu’être heureux autrement que de-ci de-là ne relevait pas seulement des hasards de l’existence mais d’une pratique, d’un apprentissage pourrait-on dire.

Etre heureux suppose une relation consciente et apaisée avec un ego remis à sa juste place.

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