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Interview de Jean-Francis Dauriac

Interview de Jean-Francis Dauriac

Quel regard portez-vous sur l’édition numérique aujourd’hui ? Passage obligé ou belle opportunité de « vivre avec son temps » ?

Plus une opportunité de vivre avec son temps qu’un passage obligé, car la nostalgie du « toucher » demeure, de même que le plaisir de tenir un livre ou de garnir une bibliothèque. Il n’en demeure pas moins qu’un public croissant se tourne vers le numérique, qui facilite le stockage, le transport et l’accessibilité et permet aux « gourmands » de lire plusieurs ouvrages en même temps sans trop s’encombrer.

Développer un thème précis sur une quarantaine de pages : est-ce une contrainte formelle difficile à respecter ou, au contraire, un bon moyen d’aller à l’essentiel selon vous ?

Le concept de « 40 pages » semble, lui, une opportunité de vivre avec son temps. Il suffit à partager une émotion, développer et argumenter quelques idées, sans encombrer le lecteur d’un inutile verbiage. On peut aussi penser que la brièveté ressemble à une invitation à penser la suite, l’imaginer ou la personnaliser… Car, la lecture peut être rapide. Et la dernière page laisse souvent un goût d’inachevé et c’est très bien ainsi…

De façon peut-être plus personnelle, quelle est au fond votre intention lorsque vous décidez d’écrire ?

Construire une idée en la formalisant, la diffuser pour la partager, en appeler d’autres…

« L’humain face aux mutations », un titre aux allures de combat… La mondialisation économique : un monstre à vaincre ou à amadouer pour l’homme d’aujourd’hui ?

Si on considère que l’homme doit maîtriser sa destinée, il lui faut sans cesse adapter les outils qui le lui permettent. Dans le monde qui s’achève, ses principaux outils s’inscrivaient dans le cadre de l’Etat-Nation, qui permettait d’éduquer et de protéger, de faire des lois ou de prendre des décisions politiques pour réguler l’économie. La mondialisation n’est pas qu’économique, mais aussi informationnelle, technologique et scientifique. Elle échappe au cadre national et par là même à tout contre-pouvoir, et donc à la maîtrise de l’Homme.

A l’heure où les chiffres et les images inondent les écrans en tous genres, les mots sont-ils devenus secondaires pour rendre compte de l’époque actuelle ?

Tout n’est en effet que chiffre, vitesse ou rentabilité. C’est la logique d’une économie mondialisée, mais aussi financiarisée, qui ne vit que pour elle-même et non plus pour satisfaire des besoins, ni vraiment créer de l’activité : du progrès pour le progrès, qui vise à s’émerveiller de toute découverte, sans en mesurer ni le besoin ni les effets. Il en va différemment de l’image, qui devient un nouveau langage avec lequel il faudra composer, qu’il faudra maîtriser, critiquer, comprendre et rendre accessible à tous, comme l’Homme l’a fait chez nous avec le langage écrit, par l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Douter de la compatibilité entre mondialisation et humanisme, n’est-ce pas là un risque de constat nostalgique ou passéiste ?

Je ne doute pas de la compatibilité entre mondialisation et humanisme, mais de l’humanisme d’une mondialisation qui échappe à tout contrôle et à toute maîtrise de l’Homme. Le passéisme consiste à imaginer que la mondialisation peut s’arrêter et qu’on peut revenir en arrière. La modernité consiste à prendre sa mesure et à inventer, toujours et encore, les moyens de rester maîtres de notre destinée. Quand à la nostalgie, elle peut être un repère en période de mutation, une prise de conscience, comme l’a été le romantisme au début du XIX e siècle.

Votre collectif achève son propos par la nécessité de « réhabiliter la pensée et l’esprit critiques ». Quelles seraient alors les premières étapes de ce renouveau ?

L’éducation, l’éducation, et l’éducation… Donner à chaque homme les outils et les moyens de son émancipation me semble passer encore et toujours par l’éducation, l’apprentissage de l’esprit critique, de la pensée libre…

Et maintenant, de quoi souhaiteriez-vous nous parler ?

De tout ce qui peut clarifier des valeurs que l’on tient pour évidentes sans y mette forcément beaucoup de contenu ou en leur donnant un contenu à géométrie variable. La question sociale, par exemple, me semble le meilleur baromètre du progrès de l’humanité. Car que signifie l’humanisme sans la traduction politique ou institutionnelle qu’incarnent les politiques sociales au niveau de toutes les collectivités ? Ou encore la République – que la France semble redécouvrir et s’approprier sans se rendre compte que ne la voir et ne la penser qu’à l’échelle nationale risque d’en faire une exception française bien peu transposable et donc inopérante dans le monde qui s’annonce et se profile. Et puis, la laïcité – c’est-à- dire la liberté de conscience, en ce qu’elle permet à tous de vivre ensemble sans se renier, à dépasser ses origines et ses convictions pour tout à la fois les rendre acceptables pour l’autre et accepter les siennes…

 

Je ne doute pas de la compatibilité entre mondialisation et humanisme, mais de l’humanisme d’une mondialisation qui échappe à tout contrôle et à toute maîtrise de l’Homme.

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