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« Le Désastre de l’école numérique – Plaidoyer pour une école sans écrans », de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly

« Le Désastre de l’école numérique – Plaidoyer pour une école sans écrans », de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly

« Le Désastre de l’école numérique – Plaidoyer pour une école sans écrans », de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly, au Seuil.

« Alors qu’en France, le gouvernement veut équiper l’ensemble des collégiens de tablettes numériques, les geeks les plus fortunés offrent d’autres formes d’enseignement et d’épanouissement à leurs rejetons », souligne Karine Mauvilly.

Eh oui, certains cadres de la Silicon Valley inscrivent leurs enfants dans des écoles sans écrans, où les élèves bricolent et font du jardinage pendant que la France se lance, sous prétexte de « modernité », dans une numérisation de l’école à marche forcée – de la maternelle au lycée. Un ordinateur ou une tablette par enfant : la panacée ? Parlons plutôt de désastre…

Pour Philippe Bihouix, la fracture numérique réside dans cette apparent paradoxe, la préférence des cadres high tech pour des écoles sans écrans pour leur progéniture : aux pauvres, les mauvaises écoles, celles qui font un usage quotidien du numérique, aux riches les bonnes écoles, celles qui bannissent les écrans. Les auteurs du Désastre de l’école numérique citent d’ailleurs une étude très intéressante qui montre que plus les familles sont pauvres, plus les enfants sont équipés en biens technologiques.

La richesse, ici, est culturelle : elle consiste à connaître les dangers et les limites du numérique, et à savoir éduquer ses enfants à son usage.

Cet essai, Le Désastre de l’école numérique s’adresse aux parents, enseignants, responsables politiques, citoyens qui s’interrogent sur la pertinence du « plan numérique pour l’école ». Et s’il fallait au contraire faire de l’école une zone refuge, sans connexions ni écrans, et réinventer les pistes non numériques du vivre-ensemble ?

L’école numérique, c’est un choix pédagogique irrationnel, car on n’apprend pas mieux (et même souvent moins bien) par l’intermédiaire d’écrans.

De plus en plus de voix s’élèvent contre ces innovations qui visent à imposer l’usage intensif de l’informatique à l’école. Le Désastre de l’école numérique est un des premiers booquins à reprendre toutes les études qui ont été réalisées sur le numérique, et à démontrer que celui-ci est nocif pour l’enseignement.

Car l’usage des écrans comme support pédagogique à l’école provoque un désastre multiple.

Primo, un désastre pédagogique : le numérique ne permet pas une amélioration des résultats scolaires. Pire même, le rapport Pisa 2015 démontre que plus un établissement l’utilise plus ses résultats baissent.

Deuxio, un désastre financier : Les coûts de l’informatique s’élèvent à plusieurs milliards d’euros. Quand on prend en compte l’équipement de tous les élèves, avec les dépenses d’investissement et de fonctionnement, on arrive à un gâchis financier colossal.

Tertio, un désastre sanitaire : Là aussi les études sont de plus en plus nombreuses pour démontrer que l’usage des écrans nuit au bon développement des enfants. Cela dépend de leur âge, bien sûr, mais il n’est pas sain d’exposer de longues heures aux écrans de jeunes enfants.

Quarto, un désastre écologique : La fabrication et le fonctionnement de ces outils nécessitent des ressources énergétiques importantes. De plus, on n’est pas encore capable de les recycler, tant les métaux sont imbriqués dans les appareils.

En conclusion, les auteurs s’insurgent de l’énorme prise de risque induite par ce projet quand les effets des objets connectés sur les cerveaux des jeunes demeurent mal connus. C’est ignorer les risques psychosociaux qui pèsent sur des enfants déjà happés par le numérique.

Philippe Bihouix, 44 ans, ingénieur centralien, est l’auteur de L’Âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil, Prix de la Fondation d’Écologie Politique 2014). Il a deux enfants.

Karine Mauvilly, 38 ans. Historienne et juriste de formation, diplômée de Sciences Po Paris, a été journaliste puis enseignante en collège public, poste d’observation privilégié de la mutation numérique en cours. Elle a trois enfants.

 

Espérons que l’ouvrage de Philippe Bihouix et Karine Mauvilly contribue à percer le mur des écrans et aide à revenir à des pratiques pédagogiques plus saines.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.