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« Le procès de la liberté, Une histoire souterraine du XIXe siècle en France », de Michèle Riot-Sarcey

« Le procès de la liberté, Une histoire souterraine du XIXe siècle en France », de Michèle Riot-Sarcey

« Le procès de la liberté, Une histoire souterraine du XIXe siècle en France », de Michèle Riot-Sarcey, lauréate 2016 du Prix Pétrarque de l’essai (Editions La Découverte), dans le cadre des « Rencontres de Pétrarque » à Montpellier.

Le progrès n’est plus ce qu’il était. L’idée d’une marche inéluctable de l’humanité vers un avenir radieux, où le mieux n’aurait jamais été l’ennemi du bien, a pris un coup de vieux. De nombreuses crises, sanitaires notamment, sont passées par là. La défiance l’emporte régulièrement sur la confiance, les citoyens réclament d’être partie prenante des choix qui préparent l’avenir de nos sociétés. Mais est-ce une raison pour ne pas avoir confiance dans le futur ?

Historienne du politique et du féminisme, professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’Université Paris-VIII-Saint-Denis, Michèle Riot-Sarcey a été consacrée lauréate du prix Pétrarque de l’essai, décerné par France Culture et Le Monde pour son livre Le Procès de la liberté paru en janvier 2016. Elle a également été invitée à prononcer la leçon inaugurale des Rencontres de Pétrarque à Montpellier qui fêtent leurs trente ans cette année.

Le Procès de la liberté

« Il faut retrouver le sens premier, émancipateur, du mot liberté »

Cet ouvrage restitue les origines et l’histoire de l’idée de liberté telle qu’elle a été façonnée par des femmes et des hommes du peuple, au cours des expériences ouvrières et des révolutions sociales du XIXe siècle, juste avant la révolution industrielle : pleine et entière, matérielle, intellectuelle et politique. Ces expériences ouvrières éphémères, ces espoirs non réalisés, ont été effacés lorsque la révolution industrielle a conféré au mot « liberté » le sens de liberté d’entreprendre, le limitant aussi à son principe individuel.

« Le détour critique par un passé qui a fait l’opinion est la condition d’une réinvention de la pensée alternative. L’histoire en est le moyen », nous informe Michèle Riot-Sarcey.

Des idées largement oubliées depuis : minoritaires et utopiques, incomprises à leur époque, elles ont été maltraitées par l’histoire.
Cette fresque audacieuse, aussi excitante à lire qu’elle est remarquablement documentée, démontre la pertinence de la pensée de Walter Benjamin sur la nécessité de « faire exploser les continuités historiques ». Et elle invite à comprendre autrement les symboles aujourd’hui en ruines du XIXe siècle français : philosophie du progrès, contrôle de l’ordre social, « mission civilisatrice » de la république coloniale… Afin de libérer la modernité créatrice de la modernité dévastatrice, ce livre entend ainsi donner à voir sous un jour nouveau les rêves du passé, dont l’actualité prend sens au présent dans la quête d’un avenir radicalement autre. « J’ai voulu à la fois montrer que la liberté était inaccomplie, suivre ses pas, et faire le procès de la liberté telle qu’elle a été mise en œuvre. Sauver le passé et le principe d’espérance pour échapper à la catastrophe afin de retrouver la liberté en actes si chère à ceux qui se sont battus en son nom. En ces temps de triomphe sans partage du libéralisme financier, redonner vie à l’idée d’émancipation par le pouvoir d’agir à l’aide du « savoir » constamment renouvelé me semble être le chemin de la liberté à suivre. »

Le procès de la liberté démystifie les grands littérateurs comme Hugo et Zola, qu’on associe instinctivement « au peuple » ou au moins à l’un des partis du « peuple », mais dont les grandes œuvres (Les Misérables, Germinal) ont en fait réécrit une histoire du peuple sans le peuple.

« Être libre, selon les ouvriers lettrés du XIXe siècle, c’est pouvoir agir matériellement, intellectuellement et politiquement ».

Œuvre utile, nécessaire, au moment où la liberté est partout invoquée comme une valeur fondamentale, attaquée, et qu’il suffirait de défendre, mais sans qu’on s’interroge sur son sens, son histoire. Or celle-ci a été amputée, par une histoire devenue canonique, de ses racines qui plongent au cœur du projet d’une République démocratique et sociale où liberté individuelle et liberté collective, indissociables, signifiaient le pouvoir d’agir.

« Le Procès de la liberté. Une histoire souterraine du XIXe siècle en France », de Michèle Riot-Sarcey, éditions La Découverte, 2016.

L’idée de liberté individuelle a été dissociée de la liberté collective et réduite au libéralisme et à l’individualisme.

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.