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« Les vies de papier » de Rabih Alameddine

« Les vies de papier » de Rabih Alameddine

« Les vies de papier » de Rabih Alameddine, Editions Les Escales (Prix Femina du roman étranger 2016)

Un roman enthousiasmant, dépaysant et délicieusement intelligent…

Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle est répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion…

Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Ancienne libraire désormais à la retraite, une seule passion l’anime : la littérature. Elle a en effet pour les mots un désir inextinguible. À tel point que, chaque année, le 1er janvier, elle commence à traduire en arabe l’un de ses romans préférés (dont Sebald, Pessoa, Kafka entres autres, qui occupent une place de choix dans son panthéon personnel).

Un travail ambitieux qui finit toujours par échouer dans un tiroir. Car les quelques trente-sept livres qu’elle a traduits n’ont jamais été lus par qui que ce soit car, et reconnaissons que chacun comporte sa part de contradictions, bien qu’elle s’implique, elle se moque éperdument d’être publiée ou de se faire connaître de quiconque !

Ces traductions et ses nombreuses lectures l’aident à trouver un sens à son quotidien, et adoucissent son existence dans un Beyrouth en guerre… Aaliya vit dans une sorte de bulle, où elle se sent de plus en plus éloignée de ses congénères, presque étrangère même à ses souvenirs heureux avec son amie, Hannah.

En côtoyant Aaliya, peu à peu ce sont les réalités de la société beyrouthine qui nous sont dévoilées : une société qu’elle observe avec lucidité, humour et surtout une bonne dose d’ironie. Comment comprendre un monde où l’on s’entretue à longueur de temps ? Comment ne pas chercher à s’en évader avec les grands auteurs ? « La première réaction que l’on peut avoir est de se dire que les Beyrouthins doivent être sauvagement fous pour se massacrer les uns les autres au nom de divergences aussi triviales. Ne nous jugez pas trop sévèrement. Au cœur de la plupart des antagonismes se trouvent des similarités inconciliables. Des guerres de cent ans furent livrées pour divergences sur la question de savoir si Jésus était humain de forme divine ou divin de forme humaine. La foi est assassine… »

Ce portrait d’une femme solitaire en pleine crise existentielle oscille entre passé et présent dans un Beyrouth en constante mutation.

Tandis qu’elle essaye de maîtriser son corps vieillissant et la spontanéité de ses émotions, Aaliya doit faire face à une catastrophe inimaginable qui menace de faire voler sa vie en éclats. Et son ton mordant ne laisse pas indemne.

Rabih Alameddine nous livre avec les vies de papier un roman bouleversant qui célèbre la vie singulière d’une discrète obsessionnelle et révèle la beauté et l’horreur de Beyrouth. Dans cette Vie de papier, il est bien sûr avant tout question de livres, d’hommages multiples à la littérature, à la lecture, ainsi qu’au travail complexe du traducteur… Mais moult autres sujets s’entrecroisent dans des mini-histoires imbriquées : la vie familiale difficile d’Aaliya dans un pays où même les mères préfèrent les fils aux filles. Rabih Alameddine vous raconte aussi la guerre, le temps qui passe, les effets pernicieux du vieillissement engendrant solitude et isolement.

Lorsque l’on considère qu’au Liban, le parcours traditionnel d’une femme est de se marier et de faire des enfants, Aaliya a de toute évidence fait un choix de vie quelque peu orthodoxe ! Une Aaliya érudite, accaparée par ses acquisitions, ses traductions, qu’elle classe méticuleusement, une fois terminées, dans des cartons avec le livre en version originale…

Vous n’oublierez pas de sitôt ce personnage. Le voyage auquel il vous convie est celui d’une femme décidée à méconnaitre les conflits armés incessants, le carcan de la société libanaise à l’égard la gente féminine. Sa passion lui fournit le souffle, l’oxygène dont est privé sa ville. C’est là qu’elle respire, au milieu de ses livres !

 

Lorsque l’on considère qu’au Liban, le parcours traditionnel d’une femme est de se marier et de faire des enfants, Aaliya a de toute évidence fait un choix de vie quelque peu orthodoxe ! Une Aaliya érudite, accaparée par ses acquisitions, ses traductions, qu’elle classe méticuleusement, une fois terminées, dans des cartons avec le livre en version originale…

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.