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Lire et relire Etre sans destin d’Imre Kertész

Lire et relire Etre sans destin d’Imre Kertész

Le 31 mars dernier, Imre Kertész s’est éteint à Budapest, là même où il avait vu le jour il y a quelques 86 ans. Prix Nobel de Littérature en 2002, c’était l’une des voix les plus puissantes de la littérature témoignant de l’expérience concentrationnaire, notamment avec Etre sans destin, un livre à lire, à relire et surtout, à ne jamais oublier.

En 1944, le jeune Imre Kertész avait quinze ans quand il a été arrêté et déporté à Auschwitz, puis à Birkenau. Un an plus tard, il rentrera seul à Budapest, tous les membres de sa famille ayant disparu. C’est quinze ans plus tard, dans les années 1960, qu’il commencera à écrire Etre sans destin, récit d’inspiration autobiographique qu’il conçoit comme un « roman de formation à l’envers » ; sobre, distancié et souvent ironique sur la vie d’un jeune déporté hongrois, ce livre majeur constitue le premier tome d’une trilogie sur la survie en camp de concentration. Etre sans destin, un livre à placer près de Si c’est un homme de Primo Levi ou des Récits de Kolyma de Varlam Chalamov, un livre qui raconte l’histoire d’un homme quand l’absurdité de l’Histoire décide que ce n’est plus un homme, un livre dont la dernière page voit surgir ces mots : « je vais continuer à vivre ma vie invivable »; un livre capital, incontestablement. Interrogé sur sa conception de la littérature, Imre Kertész avait alors déclaré que l’écriture, à ses yeux, devait tenir compte de trois étapes : l’expérience, le souvenir et la distanciation, une triple perspective qui donne à son œuvre une portée saisissante. Evoquant l’adolescent d’ Etre sans destin dans son discours prononcé lors de la conférence de réception du prix Nobel de littérature en 2002, il disait : « Mon héros ne vit pas son propre temps, puisqu’il est dépossédé de son temps, de sa langue, de sa personnalité. Il n’a pas de mémoire, il est dans l’instant » . Ravages du totalitarisme, conditions inhumaines de la (sur)vie en camp de concentration, solitude de l’individu face à l’absurdité de l’Histoire, Imre Kertész donne à la littérature et à la langue un pouvoir essentiel : faire du verbe, ce propre de l’homme, la trace de cette expérience de mort qui veut le nier, charger le mot de décrire l’inédit, l’indescriptible.

Alors oui, ce 31 mars 2016, une voix s’est tue. Puisse-t-elle alors toujours résonner avec Etre sans destin, à lire et à relire.

Ce livre majeur constitue le premier tome d’une trilogie sur la survie en camp de concentration.

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Lise Gallitre 

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Journaliste spécialisée dans la culture au sens large du terme.