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« Lucie ou la vocation » de Maëlle Guillaud, aux Editions Héloïse d’Ormesson (sélection prix Premier roman 2016)

« Lucie ou la vocation » de Maëlle Guillaud, aux Editions Héloïse d’Ormesson (sélection prix Premier roman 2016)

Maëlle Guillaud accomplit très jolie performance pour un premier roman !

Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables. En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.

Désormais Lucie se fera appeler sœur Marie Lucie. Elle a décidé de prendre le voile… Et pas dans la plus facile des communautés : lors de ses vœux, elle accepte la pauvreté, le silence et l’obéissance. Et pour admettre toutes les humiliations, l’abandon de soi, la rupture avec sa vie d’avant, l’intransigeance de la mère supérieure perverse et diabolique, elle devra s’armer d’un courage en béton…

Mais une telle abnégation relève-t-elle du simple courage ? C’est la grande énigme qu’aborde ce roman : jusqu’où peut-on aller pour l’amour de Dieu ? Quel mystère recèle donc la foi ?

Lorsque j’ai ouvert Lucie ou la vocation, j’avoue au début avoir été extrêmement dubitative sur l’intérêt du sujet. Mais après l’avoir refermé, je me suis, à mon grand étonnement, aperçue que je m’étais laissée faire jusqu’au bout, et ce pour mon plus grand plaisir ! La curiosité l’a finalement emporté. Cette dévotion consacrée à un hypothètique être tout puissant m’intrigue malgré tout. Eh bien après lecture, j’ai bien été obligée d’applaudir le tour de force de Maëlle Guillaud : parvenir à faire aimer son livre à la mécréante que je suis (devant l’éternel, promis juré) !

Reconnaissons tout d’abord qu’elle s’y prend bien. Elle prend soin d’adopter différents points de vue sur la question, en évitant tout jugement de valeur et en apportant un éclairage sans concession sur la réalité de la vie des recluses, non sans évoquer la sensibilité, voire l’altérité de ceux qui ont fait ce choix exigeant.

La jeune Lucie a donc choisi un beau matin d’épouser Dieu. Sans un regard en arrière, elle abandonne ses études en prépa à Normale Sup, et l’ensemble de sa vie antérieure semblable à celle de n’importe quelle jeune fille plutôt jolie et intelligente. A-t-elle subi l’influence de son amie Mathilde qui a suivi la même voie ? Ou bien la mort soudaine de son père adoré l’aurait-elle incitée à se réfugier dans cette forme de consolation ?

In fine, Lucie ou la vocation mérite le détour : la quête spirituelle de Lucie va se transformer en enquête, l’amour de Dieu en une réflexion sur la « vraie » vie de sa congrégation. Disons-le tout net, le livre est de plus en plus passionnant au fil des pages.

Quand Lucie décide d’abandonner ses études supérieures pour « se marier avec Dieu », l’incompréhension tétanise sa famille. A commencer par sa mère qui imaginait un tout autre avenir pour elle, sa grand-mère qui va la perdre à tout jamais, de son amie Juliette, qui va tenter vainement de revenir sur sa décision : « Je dois la convaincre que la vraie vie est ailleurs. Dans les baisers, l’amour, la maternité, tous ces instants qui embellissent nos nuits et nous portent vers autre chose qu’une cellule austère et un époux qu’elle ne pourra jamais toucher. »

Comment Lucie a-t-elle pu se vouer à un tel avenir sans éprouver le moindre doute ? Pour tous les sceptiques surgit inévitablement le doute de l’emprise sectaire des religieuses et du père Simon, un jésuite qui lui explique combien son engagement est merveilleux : « Le monde qui s’ouvre à toi est d’une beauté dont tu n’as pas idée », pour mieux la pousser à tous les sacrifices…

Mais Lucie est fermement résolue. Elle s’engage totalement dans sa nouvelle vie, n’a de cesse d’apprendre, de tout partager pour l’amour de Dieu. Elle essaye même, puérilement, de convaincre Juliette de la justesse de son choix.

Mais au fil des années, le voile se déchire et le malaise s’installe, révélant les dessous pas forcément chics de cette communauté et le pauvre esprit pas charitable du tout des religieuses. De quoi ébranler les plus solides certitudes. Comment posséder quelque chose quand on a fait vœux de pauvreté ? Quels commérages peuvent circuler entre des religieuses qui sont censées ne pas parler ? Quelle confiance accorder à une autorité qui vous ment ostensiblement ?
Vient alors pour Sœur Marie-Lucie l’heure de la remise en cause. Lucie ou la vocation revêt alors les teintes dures-amères d’un thriller au suspense haletant. Mais chut, je ne vous dévoilerai rien !
184-a©LeFigaro

Maëlle Guillaud vous envoûtera en abordant ce grave sujet. Elle dépeint avec justesse ce monde clos des congrégations religieuses, soumet son personnage à toutes les incertitudes sur la foi et l’amour de Dieu.

 

Quand Lucie décide d’abandonner ses études supérieures pour « se marier avec Dieu », l’incompréhension tétanise sa famille.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.