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Mort du romancier Michel Butor, innovateur perpétuel

Mort du romancier Michel Butor, innovateur perpétuel

Michel Butor s’est éteint mercredi 24 août à 89 ans.

Écrivain prolixe, père du Nouveau Roman aux côtés d’Alain Robbe-Grillet et Claude Simon, l’écrivain Michel Butor est mort mercredi 24 août à l’âge de 89 ans, en Haute-Savoie, a annoncé sa famille au journal Le Monde.

L’oeuvre de Michel Butor, prix Renaudot en 1957 pour « La Modification », était immense et inclassable. Dans « La Modification », il emploie notamment la deuxième personne du pluriel, un procédé stylistique qui force le lecteur à s’impliquer dans le récit et sera beaucoup imité.

Poète, essayiste, il était familier de Baudelaire, Rimbaud, Balzac et venait de publier une anthologie de Victor Hugo qu’il considérait comme « un oncle » qui « m’a mis la main sur l’épaule et m’a beaucoup aidé pendant toute ma vie parce qu’il a pratiqué des formes très variées d’écriture ».

Michel Butor

Outre la littérature, il était tout aussi passionné par la musique et la peinture. Il avait notamment publié de nombreux livres d’artistes dont Alechinsky ou Jiri Kolar. Fasciné par les langues, il s’est également essayé à la traduction.

En 2006, la Bibliothèque nationale de France lui avait consacré une exposition baptisée « L’écriture nomade ».

Né en 1929 à Mons-en-Baroeul, dans le Nord, troisième enfant d’une famille de sept, Michel Butor avait passé l’essentiel de sa jeunesse à Paris, dès 1929, avec une parenthèse pendant la drôle de guerre dans un collège de jésuites à Evreux. Après des études de philosophie à la Sorbonne, et la rédaction d’un mémoire sous la direction de Gaston Bachelard (sur «les Mathématiques et l’idée de nécessité»), il avait enseigné à l’étranger (Egypte, Salonique, Suisse) et mis à profit cette expérience pour écrire. Depuis, il avait également enseigné la littérature aux Etats-Unis et beaucoup voyagé, ce qui peut étonner puisque ses romans sont circonscrits à un lieu : un train dans « la Modification », un immeuble dans « Passage de Milan », une petite ville imaginaire dans « l’Emploi du temps ».

Après son quatrième livre de fiction, « Degrés », où l’on retrouve son goût pour les contraintes formelles (trois narrateurs racontent une même heure de cours dans une classe de lycée), il avait abandonné la forme romanesque et s’était éloigné de ses anciens compagnons pour se consacrer à la poésie, à la critique, notamment la critique d’art – on lui doit de nombreux écrits sur la peinture, sur Rembrandt, Delacroix, Rothko ou Mondrian – et à des livres plus inclassables.

Lise Gallitre 

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Journaliste spécialisée dans la culture au sens large du terme.