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« La part des flammes » de Gaëlle Nohant, éditions Le Livre de Poche (2016)

« La part des flammes » de Gaëlle Nohant, éditions  Le Livre de Poche (2016)

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon au Bazar de la Charité à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon.

Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles.

Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ?

Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité. Les victimes, nombreuses, appartiennent majoritairement à la gente féminine. Les rares survivantes porteront les stigmates de la tragédie le reste de leur vie. Les scènes du drame, particulièrement détaillées sont stupéfiantes de réalisme : l’auteure nous rappelle que les grands brûlés ne bénéficiaient pas des soins médicaux actuels…

Un événement tragique qui va inciter nos trois héroïnes à l’introspection, à leur propre remise en cause, et notamment celle de leurs comportements passés, ceux qu’elles avaient « avant » : la charismatique duchesse d’Alençon, Violaine de Raezal, en veuve joyeuse plutôt inconséquente et Constance d’Estingel, fraichement libérée d’un fiancé devenu encombrant…

197-aGaëlle Nohant a réalisé un remarquable travail de recherche sur le quotidien de l’époque qu’elle décrit avec minutie. Elle aurait presque pu titrer son roman « La part des femmes », qui se bornait souvent à la portion congrue dans cette société corsetée où l’importance du nom, de la lignée, du mariage, de la filiation et du pouvoir sont décisives.

L’hypocrisie, les faux semblants, les rumeurs malveillantes, la prépondérance et le pouvoir de la religion sont suffisamment peints pour nous permettre de bien comprendre ce qu’était la condition féminine au XIXe siècle. Sans profession, ces femmes au foyer, ces épouses délaissées contribuaient à leur manière à prendre part à la vie sociale sans compter. Elles utilisaient leur influence et de leur nom pour organiser des œuvres de charité. Par conviction personnelle, par désœuvrement ou tout simplement dans le but d’exister ? Le petit peuple était sans doute leur seul champ d’expression, et leur venir en aide comblait sans doute bien des vides dans ces existences inconsistantes…

A la fois roman historique et récit romanesque où enlèvement, duel, internement, dévotion ont la part belle, « La part des flammes » est un ouvrage émouvant qui rend compte d’une époque qui semble de notre jour tellement obsolète. Il valorise la condition des femmes du temps où ce n’était pas à la mode, et dénonce la lâcheté de cette société. La description des aristocrates femmes est d’une grande finesse. Leur rôle social est particulièrement bien mis en valeur, ainsi que le but qu’il dessert : compenser les contraintes de leur caste édictées par les hommes. La décadence de l’aristocratie est au cœur de cette République qui cherche encore ses marques…

« La part des flammes » s’avère in fine un roman très original : il évoque l’incendie du Bazar de la Charité oublié par l’Histoire. Personnages historiques et fictifs s’y mêlent pour vous plonger dans l’horreur de ce drame qui a violemment impressionné les contemporains.

Gaëlle Nohant a réalisé un remarquable travail de recherche sur le quotidien de l’époque qu’elle décrit avec minutie. Elle aurait presque pu titrer son roman « La part des femmes »…

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.