Select Page

Interview du Professeur Jean-Paul Escande – 2e partie : le scientifique. Réflexion autour du travail de Johann le Guillerm.

Interview du Professeur Jean-Paul Escande – 2e partie : le scientifique. Réflexion autour du travail de Johann le Guillerm.

Quelles structures mentales des artistes anticipent les découvertes des chercheurs ?

Interview du Professeur Jean-Paul Escande – 2e partie : le scientifique.

Réflexion autour du travail de Johann le Guillerm. Comment, pour un biologiste, analyser ce dialogue que l’artiste entretient avec les forces de la nature ? « Qui » ou « quoi » « traite les messages ?

  • CL : Pourquoi cette fascination collective attentive et conviviale bien plus que respectueuse ? Pourquoi cette admiration réconfortante pour ces « tours » où n’entre pas le plus petit emprunt à la magie ? La question se pose.
  • Pr E. : On peut suggérer deux types de réponse : d’abord ce spectacle fait revivre les relations entretenues depuis toujours par les humains avec la nature. Il ne s’agit pas de la dominer, moins encore de la brutaliser, mais d’en utiliser les ressources de façon complice. Ayant assisté au spectacle, on ne peut plus regarder du même œil une corde et de longues lattes de bois. Sans aucun autre secours que les capacités de son corps et de son esprit, on peut donc se construire un étonnant abri. Et les modèles sont variés, figurez-vous : on peut choisir sur plans. Cette complicité avec la nature : c’est tout le problème de l’écologie qui se trouve posé là. De la douceur avant toute chose. Le Guillerm parle de dialogue établi avec la Nature. Surtout pas de domination.

152-4

  • CL : Justement, vous parlez de « dialogue », de l’artiste, lorsqu’il construit son spectacle et ses machines. Mais pour vous, avec « qui » parle-t-il ?
  • Pr E. : Et quand il parle, « qui » lui répond ? Et quels messages circulent ? Et qui, ou quoi, « traite » les messages. C’est sans doute ici la question déterminante pour ceux qui se préoccupent de ce qui manque comme savoir encore aux biologistes ?

D’Aristote à Léonard de Vinci en passant par Thomas d’Aquin et cet étonnant grand mathématicien que fut René Thom, quantité de hautes pointures humaines se sont interrogées : mais quels rapports faut-il entretenir avec la nature pour pouvoir la comprendre ?

Quels dispositifs internes permettent que soit ouvert en permanence le dialogue des vivants avec leur environnement ?

Il y a là les questions les plus importantes pour les temps à venir. La catastrophe intellectuelle du temps, le désastre, c’est de répondre : « on a ça dans notre ADN » Non : il y a autre chose à imaginer, à comprendre, à identifier. Ce qui pourrait bien perdre les humains, c’est le péché d’orgueil.

Avec l’Intelligence artificielle IA, et l’ADN (presque personne ne sait au juste où il se trouve ni ce qu’il fait, son statut est celui d’une idole) nous clamons que nous avons de quoi comprendre les relations que nous nouons avec nos environnements pour négocier et cohabiter avec eux. Fariboles.

En regardant travailler Johann le Guillerm, on se prend à penser en scientifique. Le jour où l’on comprendra quels dispositifs, (internes à lui, mais lui permettant de reconstruire en lui le monde extérieur) le Guillerm sollicite et utilise pour construire, faire vibrer et se mouvoir, ses machines et abris, alors ce jour nous aurons ouvert une porte à deux battants. Nous aurons démasqué des secrets de la nature encore manquants. Des secrets dont dépend le destin des humains, puisqu’ils dévoileront, au moins en partie, tant nos relations au monde des vivants et à la matière, que les mystères de la création artistique et technique. Bref : nous aurons approché toutes les facettes de l’esprit de Léonard de Vinci qui d’ailleurs il y a cinq siècles, a indiqué aux chercheurs, comment lier neurosciences au sciences physiques « Trasmutarsi nelle propria mente de la natura » En gros « transmute toi en l’esprit de la nature ». Ce que fait le Guillerm intuitivement, quand saura-t-on l’expliquer biologiquement ? Sans doute lorsque l’on aura su créer toute une filière de start-ups d’un genre tout neuf. Qu’est-ce que l’on attend ? Cela ferait tellement de bien de quitter le monde quotidien des invectives, dénonciations et du profit immédiat afin de « plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau » Défier les profonds azurs, vierges encore à bien des égards, de la pensée humaine : c’est LA Voie.

©Philippe Cibille

©Philippe Cibille

Finalement, voici le problème que doit résoudre notre temps : chercher à traquer les secrets manquants du vivant pour pacifier et exalter les relations des humains avec leurs environnements pour accéder au grand Art et à la grande Technique.  Espoir. Fondé. Demain : on s’y met ?

152-1

« Le jour où l’on comprendra quels dispositifs, (internes à lui, mais lui permettant de reconstruire en lui le monde extérieur) le Guillerm sollicite et utilise pour construire, faire vibrer et se mouvoir, ses machines et abris, alors ce jour nous aurons ouvert une porte à deux battants. »

(Amazon : https://www.amazon.fr/Johann-Guillerm-360%C2%B0-Catherine-Blondeau/dp/2742775749  )

Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.