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Renaud, un chanteur « Sechan » écrire …

Renaud, un chanteur « Sechan » écrire …

« Comme un enfant perdu – Autobiographie » Par Renaud Sechan

C’est le 26 mai que l’autobiographie de Renaud, Comme un enfant perdu, est sortie aux éditions XO.

Des failles, des interrogations, des secrets, des chutes et des rechutes, des ombres très sombres et des amours brûlantes… Renaud se livre sans complaisance dans sa première autobiographie, Comme un enfant perdu. Il pourrait se montrer usé, aigri, bougon. Il est sincère, ému, serein. En déroulant le fil de sa vie avec des mots précis, Renaud se retourne aussi sur des racines que l’on n’imaginait pas si tourmentées. Il raconte le gamin pris par mégarde dans les filets du temps ; l’adolescent s’inventant un personnage de loulou de banlieue ; l’homme douloureux, emporté par ses paradoxes et ses démons (paranoïa, alcoolisme) ; le père découvrant son propre père confiant à son journal intime : « Le succès de mon fils me tue. » Et encore le citoyen aimant François Mitterrand « comme un père ». Ou l’amoureux lyrique qui chanta jadis sa gonzesse en cloque, sa fille, son enfance.

L’intérêt du livre, c’est la découverte des mots que Renaud pose sur sa vie.

Un texte très attendu, qui ne possède pas de révélations fracassantes puisqu’on a déjà tant écrit, parfois à tort et à travers, sur l’interprète du Mistral gagnant. L’intérêt du livre, c’est la découverte des mots que Renaud pose sur sa vie, des mots qui lui ressemblent, sincères, pudiques, courageux, ses mots à lui qui, mieux que ceux des autres, nous aident à comprendre Docteur Renaud et, plus encore, Mister Renard.

Et bien sûr, tout commence par l’enfance et la famille dans Comme un enfant perdu. Et des racines doubles, un père écrivain, intello et parisien, une mère, fille de mineur originaire du Nord : « Fait de ces deux héritages, j’ai passé ma vie à aller de l’un à l’autre, tantôt passionné par les mots et recherchant le silence pour écrire, tantôt rattrapé par le goût de l’engagement, le besoin de solidarité et la colère contre tous nos égoïsmes », écrit Renaud. Une famille qui a ses secrets et des accusations de collaboration injustes contre son père et son grand-père. « Renaud, fils et petit-fils de collabo, ai-je lu dans certains journaux. Je porte ces mots comme une croix sur mes frêles épaules », poursuit l’artiste.

On découvre aussi dans cette autobiographie ses débuts comme chanteur de rue, le hasard des rencontres capitales, avec la troupe du Café de la Gare et Patrick Dewaere. Sans oublie Coluche, dont le producteur Paul Lederman propose à Renaud sa première scène. Suivra le premier album, un bide, mais déjà une chanson culte. Renaud a d’ailleurs écrit plusieurs de ses grands succès en état de grâce : « Ma guitare sur un genou, mon cahier sur l’autre, mettant en musique de la main gauche ce que j’écris de la main droite, comme si les mots me dictaient la mélodie. Et cela ne dure pas plus d’une petite heure, c’est dire si ces chansons intimes jaillissent du plus profond de moi, du cœur, ou peut-être de l’âme ».

Renaud consacre aussi des pages bouleversantes et jamais complaisantes à ses amours, Romane Serda et plus encore, Dominique, qui n’aura cessé de veiller sur lui, et à ses enfants, Lola et Malone. En refermant le livre, on veut croire que cet amour que Docteur Renaud a su donner et susciter sera toujours plus fort que les démons de Mister Renard.

Lui enfin, l’éternel marmot de 64 ans, qui adore ses tellement semblables : les autres enfants.

On le savait déjà depuis plus de 40 ans qu’il avait une belle plume le frangin. A travers ses chansons, même s’il s’exprime en argot verlan, et même quand il crache sa colère, la tendresse est toujours sous-jacente. Lui, il n’a pas une « épouse enceinte », mais une « gonzesse en cloque ». Lui, il aime tellement les arbres que jamais il n’ira y planter un drapeau, lui, il rêve d’orangers en Ulster. Lui, il enrage qu’un chien n’ait pas droit d’assister aux obsèques de son maître… Lui enfin, l’éternel marmot de 64 ans, qui adore ses tellement semblables : les autres enfants. Pour la toute première fois, il essaie ici, vaille que vaille, de nous raconter ses maux avec ses mots.

Ce qui va vous attirer dans cette autobiographie, c’est la part donnée aux failles, aux interrogations, aux secrets et aux amours touchantes d’un chanteur qui se livre ici, sans complaisance mais avec sincérité et une émotion. Renaud y gagne en profondeur et en humanité là où ses chansons nous le montraient simplement tendre, souvent râleur, et parfois même énervant.

L’âme de cet « enfant perdu » ressort à chaque page, comme dans ses chansons.


Au final, en refermant cet ouvrage, l’impression tenace demeure qu’autant l’artiste que l’homme ont tout livré pour ne rien garder, afin de regarder demain avec l’espoir d’une renaissance durable… Vous connaissez tous Renaud (le côté rebelle au cœur qui pleure). L’âme de cet « enfant perdu » ressort à chaque page, comme dans ses chansons. C’est un sensible qui essaie de combattre la vie et de l’aimer malgré tout.

… Décidément un sacré Booquin et un sacré bonhomme !

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.