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« Ressentiments distingués » de Christophe Carlier, chez Phébus (12/01/2017)

« Ressentiments distingués » de Christophe Carlier, chez  Phébus (12/01/2017)

©corbeaulazare.com

« Il y a des dos, dans la rue, qui appellent le couteau. » Mirabeau

Ambiance : Une île anonyme « personnage unique, minéral, envoûtant », « un caillou », « un rocher ravitaillé par les corbeaux ». Qu’elles soient grecques ou bretonnes : « Même beauté, même déchaînement les soirs d’orage », « même étouffement ».

Climat : un microclimat de l’île de rêve : pluie et bourrasques.

Ce qui n’empêche pas ses habitants d’avoir un bon fond, et d’accueillir le facteur avec un sourire, quel que soit son retard. Le pauvre homme souffre d’arthrose ; mais l’heure de la tournée n’intéresse pas grand monde. Nul n’envoie plus de lettres d’amour et les factures arrivent toujours trop tôt.

 

Jusqu’à ce que des missives malveillantes atterrissent dans les boîtes aux lettres. Eh oui, car vous l’aurez deviné, Ressentiments distingués envoie du lourd, et par la Poste encore. Et c’est peut-être d’abord la couverture de ce booquin qui vous aura, comme moi, poussé à l’ouvrir. Quoi de plus palpitant qu’un bon vieux corbeau pour réveiller nos bonnes vieilles angoisses à la Agatha Christie ?…

Un corbeau qui avive les susceptibilités et fait grincer les armoires où l’on cache les secrets.

Serait-ce Tommy, le benêt ? La vaniteuse Marie-Odile ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Emile, Laure, Marge ou Félicien ?

Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Les langues vont bon train. Celui qui ne dit rien à peut-être quelque chose à dissimuler…

Et puis, ce n’est pas tous les jours que l’on est harcelé par ce genre de « drôle » d’oiseau, sur l’ile on est plutôt habitué aux mouettes, criardes il est vrai, mais autrement plus franches du collier !

244 - a©babelio.com

Christophe Carlier élabore pour son lecteur une atmosphère particulière dans son roman, scandé en brefs paragraphes, exposant de multiples points de vue qui vous déroutent et vous tiennent en haleine.

Pour lui, l’île elle-meme est un personnage :  inquiétante, voire dangereuse, peuplée de ces maudits corvidés annonçant de funestes événements…

Et puis il y a le « Corbeau épistolaire » planant sur ce microcosme et ne boudant pas, loin s’en faut, le plaisir de dominer son petit monde, en prenant plaisir à l’effrayer.

Ce corbeau qui outrepasse la plus élémentaire des politesses en émettant personnellement son point de vue dans la deuxième partie. Jubilatoire ! c’est qu’il a ses propres motivations, son ressenti (expression de son ressentiment ?) face aux conséquences de ses actes…

Ressentiments distingués vous emporte au-delà du classique polar. Son histoire singulière, piquante, vous transpose loin de tout, dans cette ile mystérieuse coupée du monde, mais pas à l’abri des (bons ?) sentiments humains…

Christophe Carlier, distingué par le Prix du premier roman pour L’assassin à la pomme verte revient ici plus que jamais en verve, toujours aussi habile à manier le suspense et à vous vriller les nerfs jusqu’à la dernière page avec une efficacité qui vous laissera sans doute hagard, mais heureux !

Il y a le « Corbeau épistolaire » planant sur ce microcosme et ne boudant pas, loin s’en faut, le plaisir de dominer son petit monde, en prenant plaisir à l’effrayer.

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Arthur Galvane, lecteur résolument éclectique, (romans, essais, guides société). Mon péché mignon ? Les romans historiques, les polars et la psycho…