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S’enfuir, de Guy Delisle, chez Dargaud : L’otage Christophe André se raconte dans un splendide roman graphique

S’enfuir, de Guy Delisle, chez Dargaud : L’otage Christophe André se raconte dans un splendide roman graphique

Ce roman graphique, une fois n’est pas coutume, ne s’appuie pas sur les souvenirs du dessinateur ou du scénariste. Car S’enfuir, c’est l’histoire de Christophe André, l’humanitaire enlevé en Tchétchénie alors qu’il était responsable d’une ONG médicale dans le Caucase. En un instant sa vie bascule : capturé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue.
Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et, après s’être lié d’amitié avec lui, a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ?

199-iL’auteur prend son temps pour exposer les différentes phases vécues par l’otage, et les ressentis qu’il en a éprouvé. La lecture de cette BD devient parfois écrasante, oppressante : les jours se suivent et se ressemblent, sans que le prisonnier reçoive la moindre information. Mais c’est l’empathie qui l’emporte devant le spectacle d’une telle désolation : 111 jours nimbés de doutes, d’humiliation et d’espoir, passés à ne rien faire d’autre que regarder une vieille ampoule et une porte qui reste fermée 99% du temps. Le temps passe, rythmé par des micro-événements qui inexorablement se répètent…

Cet album de Delisle est particulièrement réussi : on voit que l’auteur comprend le désespoir de Christophe André, lorsque, enfermé dans un champ de réflexion permanent, il tend l’oreille vers le dehors pour tenter de comprendre ce qui lui arrive et si une éventuelle issue est possible.
Avec une distanciation et une profondeur d’analyse qui force l’admiration, Christophe André se raconte les batailles napoléoniennes pour ne pas péter un câble, un peu comme Kaufmann se récitait les cépages bordelais lors de sa propre détention.
Guy Delisle réussi, avec S’enfuir, un opus qui force l’admiration : autant son dessin que son texte font montre d’une sensibilité remarquable. Il sait rendre compte de ce que subit l’otage, créant à partir de cette pénible parenthèse involontaire un véritable suspense au fil des pages.
L’illustrateur parvient parfaitement à s’effacer derrière son interlocuteur, pour mieux raconter en détail sa captivité avec une précision et une justesse sidérante.
La répétition du décor et l’alternance des jours / nuits vous rendent ce vide et cette attente invivable. La finesse dont fait preuve l’auteur fait de S’enfuir un incontournables de la BD, non seulement de cette rentrée mais aussi de cette décennie. Les amateurs apprécieront !

199-aGuy Delisle, le célébrissime auteur québécois installé en France depuis plusieurs années, connu notamment pour ses fameuses chroniques de Jérusalem, laisse de côté sa vie personnelle ainsi que ses très amusantes aventures de papa le temps de commettre « S’enfuir », une BD particulièrement ambitieuse, voire audacieuse ! Un joli comeback dans les bacs (sic…).

Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ?

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Arthur Galvane, lecteur résolument éclectique, (romans, essais, guides société). Mon péché mignon ? Les romans historiques, les polars et la psycho…