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« La solitude du Quetzal » de Jacky Essirard, chez Yovana

« La solitude du Quetzal » de Jacky Essirard, chez Yovana

Un récit intimiste à l’écriture délicate qui fait la part belle à la fragilité humaine

Une rupture amoureuse. Un départ précipité. Un ailleurs assez lointain propice à l’urgence de l’oubli… Provoquer le dépaysement. Ce sera le Guatemala.

Qu’espérer d’une telle entreprise ? Tempérer la douleur en accumulant les kilomètres au compteur ? Tester l’effet de la médecine maya sur les affections du cœur ? Renaître à soi au détour d’une ruelle chamarrée ?

Le héros de La solitude du Quetzal n’aboutira pas dans sa quête de perte de soi : rien des splendeurs du Guatemala ne l’émerveille, aucune découverte ne l’émeut, et il se rend compte dans une grande déception qu’il ne parvient qu’à se rencontrer lui, ce « lui » qu’il cherche tant à distancer et à faire taire… Et grande sera sa solitude dans sa tentative d’immersion dans une civilisation qui lui demeurera tout à fait étrangère.

Irrémédiablement prisonnier de ses souvenirs et incapable d’entretenir la moindre conversation avec les guatémaltèques pourtant très hospitaliers (il ne parle que très peu l’espagnol), le fiasco s’impose assez vite : on ne se débarrasse pas aussi aisément de soi que ça ! « Je suis une coquille vide transportée au Guatemala. À ma place, certains diraient vouloir se changer les idées. Mais je n’ai plus d’idées et plus d’envie. »
La terre des Mayas déploie tous ses charmes, mais l’Aventure, elle, n’est pas au rendez-vous.

Reste le subtil compagnonnage littéraire d’Henri Michaux – et ce carnet écrit dans l’urgence, témoin opiniâtre d’une escapade insensée.

Car ultime réconfort, l’auteur de La solitude du Quetzal a emporté dans ses bagages Ecuador, le récit du périple de jeunesse qu’entreprit Michaux en Equateur. Le début du XXe siècle était encore une époque où les lointains ne pouvaient s’aborder qu’avec une âpre détermination et constituaient une véritable aventure. Pourtant Michaux écrit : « Et ce voyage, mais où est-il se voyage ?». Jacky Essirard s’inscrit quant à lui dans la lignée des voyageurs désenchantés. Tel Rimbaud qui s’avouait lors de son voyage en Ethiopie « Qu’est-ce que je fais ici ? ».

247 - aMais notre héros n’aurait-il pas touché au but avec cette hasardeuse pérégrination, tel les garçons de la fable de la Fontaine, Le laboureur et ses enfants qui, à force de labourer la terre que leur père leur a promise chargée d’or, trouvent leur véritable trésor au fond d’un simple sillon : la récolte offerte par leur travail ? La finalité du voyage, pour Jacky Essirard, ne serait-elle pas l’écriture ?

Pour qui fait l’expérience du vide, remplir des pages blanches les unes après les autres offre une voie de salut. « Écrire, écrire, garder la vie dans les mots…  Ecrire est un voyage, un voyage dans le voyage. »

Dessinateur, peintre et graveur proche des poètes et des écrivains, Jacky Essirard a illustré différents recueils et livres d’artistes.

Irrémédiablement prisonnier de ses souvenirs, le fiasco s’impose assez vite…

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photo Joshua gardianianJoshua Gardiavian. J’aime les livres ! Pour leur beauté autant apparente que cachée. Pour les idées qu’ils transmettent et pour les réflexions qu’ils suscitent et qui me permettent de progresser.