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« Titus n’aimait pas Bérénice » de Nathalie Azoulai chez Folio (Gallimard) (02/02/2017)

« Titus n’aimait pas Bérénice » de Nathalie Azoulai chez Folio (Gallimard) (02/02/2017)

Racine est-il en mesure de soigner le mal d’amour ?

Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Racine, maître es tragédie, cupidon en chef des passions amoureuses déjouées, l’auteur de Phèdre, Andromaque, Bérénice. Est-il en mesure de guérir du mal d’amour ?

Les gens déclament ses vers pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent.

Alors Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, à Racine lui-même, à sa vie, ses contradictions, sa langue.

La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin.

En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme jean Racine peut avoir écrit des choses comme ça.

C’est l’intention de ce roman où l’auteur a tout de même pris certaines libertés avec l’exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n’existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d’une langue, d’un imaginaire, d’une topographie intime. Il ne reste que peu d’écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu’on bouscule sans pénalités.

Le chemin exploré par l’héroïne de Nathalie Azoulai vous séduira autant par sa langue, belle, riche, harmonieuse que par son originalité.

Peut-être même aurez-vous envie de relire les textes de Racine ?
De Titus n’aimait pas Bérénice, ressort une évidence : les histoires d’amour sont intemporelles. En effet, quoi de plus actuel qu’une Bérénice quittée par Titus parce qu’il ne veut pas se séparer de Roma, sa femme qu’il n’aime plus (soi-disant), parce qu’est la mère de ses enfants ?

Au XVII comme au XXIe siècle, les histoires d’amour finissent toujours mal. Et laissent notre Bérénice contemporaine totalement détruite.

 276 - aNathalie Azoulai, née en 1966, est une femme de lettres française, lauréate du prix Médicis en 2015 pour son roman Titus n’aimait pas Bérénice.

©tdg.ch

Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon.

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Arthur Galvane, lecteur résolument éclectique, (romans, essais, guides société). Mon péché mignon ? Les romans historiques, les polars et la psycho…