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« Tropique de la violence » de Nathacha Appanah

« Tropique de la violence » de Nathacha Appanah

« Tropique de la violence » de Nathacha Appanah, chez Gallimard

Escale à Maoré, dans l’Océan indien, enfin Mayotte en langue shimaoré…

Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment à une promenade de santé que cet e-papier vous convie. Vous allez plonger au cœur de la vie des mahorais, avec ses gangs d’adolescents qui imposent leur loi, ses affrontements de rue, dans cette zone de non-droit que les gens ont surnommée « Gaza », sa violence omniprésente, et ses pouvoirs publics et ONG totalement dépassés.

« Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré ? Ils viennent pour toi ».

Le décor, pourtant, semble paradisiaque : une île aux teintes et aux parfums vibrants d’hibiscus roses aux cœurs rouges, avec ses frangipaniers aux fleurs blanches et aux alamandas jaune soleil.

Mais Tropique de la violence c’est une immersion dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Il y a d’abord Stéphane, travailleur humanitaire dans une ONG, blanc ; Sébastien, policier au grand cœur qui passe ses nuits au poste ; Bruce, l’indigène écorché vif, l’homme chauve-souris, super-héros tyran, voleur, fumeur de joints ou pire, à l’enfance ravageuse, brûlé par la haine … Il est chef de bande de kaweni, un bidonville, un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela, un immense camp de clandestins à ciel ouvert : bienvenue à « Gaza ».

Voici ensuite Marie, infirmière. Elle vient de la métropole. Marie, abandonnée par son mari, un bel époux noir, pour cause de stérilité. Elle observe l’océan et rêve de bébés dormant lovés au creux des bénitiers. Elle adopte Moïse, enfant de migrant, rejeté par sa mère parce qu’il a les yeux vairons, ça porte malheur !

Moïse, personnage clé du roman, ne se sépare jamais du livre de Bosco, qu’il connaît par cœur mais qu’il relit encore et encore car c’est le seul lien qu’il lui reste avec Marie……

Car Marie meurt brutalement, et pour Mo commence la descente en enfer : il a quinze ans, se drogue, vole et se bat, et tombe sous la coupe de Bruce et de sa bande. Humilié, battu, violé, blessé au coupe-coupe, balafré au visage.

Ce tournant de Tropique de la violence est à la limite du soutenable. Vous prenez plein fer un uppercut qui risque de vous envoyer au tapis. « Cette île, Bruce, nous a transformés en chiens ». Le fidèle reflet de la vie quotidienne à Mayotte ? Ce chapitre vous plonge dans une telle violence que vous pensez avoir atteint le summum de l’horreur.

Mais vous vous sentirez irrésistiblement touché par ce réquisitoire contre la misère, cet appel au secours vibrant pour cette île abîmée, coincée entre pression migratoire et montée infernale de la barbarie. La détresse de cette jeunesse livrée à elle-même vous fera ressentir à coup sûr toute la misère que l’homme est capable d’infliger à la beauté pour satisfaire ses appétits, et vous allez comprendre pourquoi, à force de désespoir, un être humain peut se transformer en bête traquée et féroce

tropique de la violence Un texte sauvage, beau et terrible à la fois.

Nathacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahébourg, île Maurice. Elle est journaliste et romancière.

Marie meurt brutalement, et pour Mo commence la descente en enfer : il a quinze ans, se drogue, vole et se bat, et tombe sous la coupe de Bruce et de sa bande. Humilié, battu, violé, blessé au coupe-coupe, balafré au visage.

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Christine Larrouy

Christine Larrouy 

Directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.