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« La Vie intense » de Tristan Garcia. Vers une ubérisation de l’existence ?

« La Vie intense » de Tristan Garcia. Vers une ubérisation de l’existence ?

« La Vie intense » de Tristan Garcia (Editions Autrement) Vers une ubérisation de l’existence ?

L’article de mon confrère Antoine Marc du 13 juin consacré au 42e Prix du Livre France Inter remporté par le romancier-philosophe Tristan Garcia avec « 7 » (Gallimard) ne vous aura sans doute pas échappé. C’est pourquoi je choisis aujourd’hui de revenir, avec La vie intense, sur le travail du lauréat, digne à mon sens de justifier ce second e-papier.

Qu’est-ce que l’intensité d’une vie aujourd’hui ? A quoi se mesure-t-elle ? Vivons-nous plus intensément lorsque nous choisissons un magnum intense plutôt qu’un Cornetto fraise ?

Tristan Garcia nous avertit : « Il est nécessaire de se lancer dans une course moderne contre l’approvisionnement de l’intensif et sa réduction au non-intensif ».

La première partie du livre correspond à la genèse moderne de l’intensité qui serait née de la découverte de l’électricité en 1800 par Volta. Cette date aurait un impact déterminant sur ce que nous sommes aujourd’hui. Si vous en doutez, Paul Valéry n’en dit pas moins dans Vues : « La découverte du courant électrique […] ouvre cette ère des faits nouveaux qui vont changer la face du monde ». Cette fée électricité a inauguré l’ère de l’intensité. Jusqu’à son épuisement, dans la routine, par exemple ? « Vouloir augmenter notre vie ne conduit plus qu’à la diminuer », tranche le métaphysicien. « Etre sage, c’est en effet être égal, éviter les hauts pics et les creux profonds de ses humeurs et de ses passions. C’est travailler à la désintensification systématique de soi » — ou sa transfiguration dans une promesse de salut, « état de l’existence supérieur et souverain, où les intensités ne varient plus jamais ». Garcia les rejette finalement pour célébrer la chance d’être vivant.

La vie intense atteint des sommets lorsque Tristant Garcia pénètre dans le domaine de la philosophie pure. « L’homme intense se lasse vite. ». Tout un programme !

Que nous souffle-t-il et qu’il nous faut retenir ? Qu’à trop vivre, on s’épuise avant notre heure ? Oui sûrement, mais à ne pas tout donner, on meurt avec des regrets !

L’auteur en est conscient. Mais il n’a pas de réponse si ce n’est un entredeux, un équilibre franchement impossible à atteindre et à tenir.

En fait, il ne faudrait ni trop vivre, ni pas assez. Où placer le curseur ?

Vitesse, progrès, croissance, accélération, optimisation, etc. Les bracelets connectés en sont la preuve ultime : tout est aujourd’hui fait pour que nous contrôlions l’intensité de notre existence « qui va et vient, tel un petit chariot lancé en boucle sur des montagnes russes ».

Puissance qui organise le monde capitaliste, l’intensité est devenue un principe de vie.

A 35 ans, Tristan Garcia est un écrivain et philosophe que certains considèrent comme la relève française. Livres philosophiques, essais, articles, ses œuvres sont déjà nombreuses et il n’a certainement pas fini d’occuper les rayons par ses réflexions. Enseignant à l’université Jean Moulin – Lyon 3, il est l’auteur de romans et d’essais philosophiques. Outre son Prix des lecteurs France Inter 2016 avec 7 (2015), il a publié Faber (2013), La Meilleure Part des hommes (Prix de Flore 2008), et Forme et objet : un traité des choses (PUF, 2011).

Son dernier ouvrage, La vie intense. Une obsession moderne, pense le monde d’aujourd’hui sous le prisme de l’intensité.

« L’homme intense se lasse vite. »

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Christine Larrouy

Gérante de société de consulting, directrice de projets éditoriaux et événementiels dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice. Aborde l’actualité du livre dans un choix de partage du point de vue subjectif que lui suggère le livre. Christine Larrouy, directrice de projets éditoriaux dans le monde de l’art, de la culture et de l’économie, sculptrice.